Les ruines (plus particulièrement les anciens espaces industriels ou blockhaus à l'abandon) sont pour moi un véritable objet de fascination depuis des années.

Ils représentent un "après", ce qu'est devenu un lieu lorsque l'homme en a terminé avec lui. Ils sont aussi le reflet d'un temps passé, derniers témoins que quelque chose s'est passé là. Sortes de cadavres en putréfaction, ces lieux auparavant artificiels retournent à un état naturel. Les ronces s'entremêlent avec les armatures métalliques, la mousse recouvre les toits, le métal devient de la rouille et s’effeuille comme une écorce d'arbre, les dalles en béton explosent comme des plaques terrestres.

Echo est un travail qui a très mal démarré. Je suis allé dans une ancienne zone industrielle que je connais bien (c'est là bas que j'ai filmé la vidéo Escaliers) avec ma caméra dans le but de rapporter des longues séquences faisant état de ce lieu. Je sais par expérience que travailler avec seule base la fascination est généralement synonyme de ratage. Ce qui s'est d'ailleurs produit. Ensuite, je sais aussi que vouloir "rapporter" quelque chose en le filmant ou en le prenant en photographie ne mène qu'à la déception (rien ne peut remplacer un moment vécu). Partant de ce constat j'ai tout de même insisté (car après tout je suis têtu) et j'ai filmé une vingtaine de minutes dans ce lieu. J'avais pour vague espoir d'arriver à réaliser des travellings dans lesquels je supprimerais tout tremblement d'image (comme dans Port) et par extension toute trace de l'existence du caméraman. Je voulais ainsi proposer une vidéo "morte" où la présence humaine serait totalement supprimée.

Le résultat ne s'est pas fait attendre : aucun plan ne pouvait être suffisamment stabilisé pour supprimer le fait que les mouvements de la caméra étaient induits par le relief du sol (et par extension qu'il y avait bien un gugusse qui tenait l'appareil). En plus les travellings n'étaient pas très longs puisque assez limités par la végétation (2m de ronces ça dissuade de continuer à avancer).

Cédant à la déprime, j'ai rangé ces images dans un dossier bien au fond d'un autre dossier.

C'est alors que le Pr. VonDavel s'est empressé de rouvrir ces fichiers. Sans vraiment m'avertir il a opéré sur ces images une batterie de tests. Tout d'abord, il a utilisé un de ses outils de prédilection ces dernières années : Deshaker (une démo de ce que peut faire ce logiciel de stabilisation d'images ici). Cet outil permet de capter les mouvements de la caméra sur une séquence vidéo, puis de restabiliser l'image. VonDavel a donc réglé sa machine pour que les images du film se replacent dans la même position que la caméra, puis il les a superposées. J'ai réussi à récupérer certaines de ses images de travail :

lanester0116.jpg lanester0296.jpg _trav1.jpg _trav2.jpg _trav3.jpg _trav4.jpg _trav5.jpg _trav6.jpg _trav7.jpg

*** Parallèlement ***

A l'instar du phénomène acoustique où dans un même lieu, le son émis revient de manière régulière et de moins en moins fort, ces images reviennent et se superposent sur l'image de départ. L'ensemble du déplacement est compressé dans l'espace d'une seule image, créant ainsi le portrait d'un intervalle de temps. Une fois encore, les temps et les espaces se mélangent au sein des images.

L'image obtenue apparaît décomposée, dégradée, presque cassée dans sa structure même. Le lieu choisi pour filmer ces images prend alors tout son sens, puisque lui aussi se retrouve dans une sorte d'altération due au temps. Mise en abyme : le lieu et l'image qui en témoigne subissent tous deux le passage du temps.

Commentaires

26 mai 2011 22:56

Bonjour,
Très intéressant ce billet !
Est-il possible de savoir où se trouve ce lieu ?
Merci.

Fab.

27 mai 2011 11:36

@ : Salut! C'est une ancienne usine (je crois que c'était uns scierie, mais je ne suis pas sûr) située à Lanester (accessible via la rue de l'Abattoir - 56600 Lanester). Elle longe le scorff (on peut la voir depuis le pont entre Lorient et Lanester), c'est un lieu assez vaste avec plein de bâtiments, hangars et maisons en ruine. Elle devait être rasée pour construire une grand lotissement, mais des problèmes administratifs ont bloqué le démarrage des travaux, pour le plus grand bonheur de tous !

Thomas
30 janv. 2013 15:19

Hello ! Pour y accéder il faut aller tout au bout de la rue de l'Abattoir et prendre un chemin ? Je t'ai pas été plus loin que le parking. Sinon il y a une entrée rue Guillaumard.
Y a assez de passage par là. Pas facile de passer inaperçu. =/

Kensh
30 janv. 2013 15:24

@Kensh : Oui, ça a changé un peu depuis que j'y avais filmé, surtout que la végétation a bien poussé ces derniers temps. Maintenant c'est un peu périlleux et il y a de moins en moins de zones accessibles...

Thomas
30 janv. 2013 22:14

Et tu sais pas si par hasard y a un propriétaire ? x)

Kensh
30 janv. 2013 22:23

@Kensh : alors là non, je vais pas pouvoir t'aider sur ce coup là :/
Mais tu dois pouvoir faire une demande en allant voir la mairie, normalement ils devraient pouvoir te renseigner.

Thomas
30 janv. 2013 22:34

Ouep !
Merci pour les infos !

Kensh