Parallèles

Mot-clé - 2011

Dans le train...

Les fêtes de fin d'année rimant avec réunion de famille, et ma voiture ne m'inspirant plus trop confiance (surtout depuis qu'elle s'est mise à imiter les avions lors du défilé du 14 juillet), j'ai été obligé de trouver un moyen de transport alternatif pour me rendre dans le sud : le train (vous savez les vieux corails qu'on a repeint en violet pour faire croire qu'ils sont neufs).

On m'a souvent demandé pourquoi je détestais prendre le train. Après tout on peut dormir, lire, travailler et ce, dans un confort presque acceptable. C'est justement sur ce presque que j'aimerai insister. En dehors du fait que les horaires et les conditions de voyage avec la SNCF soient en lien direct avec la théorie du chaos, il y a surtout une chose que je cherche à éviter à tout prix lorsque je prend le train : les tranches de vie.

Voilà celle que j'ai en face de moi actuellement (je suis dans le train à l'heure où j'écris ces lignes):

A première vue, elle ne m'a pas paru étrange, du moins pas de visu. C'est une femme assez âgée (70 ans peut-être) qui s'habille et se coiffe comme l'on pourrait s'y attendre d'une personne de cette génération. Je n'ai donc pas prêté attention à elle lorsque j'ai rangé mes bagages et que je me suis assis en face plongeant ma tête dans mon bouquin.

C'est une fois encore le son qui a scellé ma rencontre avec cette tranche de vie.

- Hyperventilation -

C'est le premier mot qui m'est apparu à l'esprit et qui m'a fait lever les yeux de mon livre.

Une respiration forte, tremblante, gémissante, très rapide, parfois saccadée, souvent coupée par une rapide déglutition ou par un long souffle.

C'était elle, visiblement à la recherche de quelque chose. Elle ne tenait pas en place, s'accrochait régulièrement à la table, levait la tête pour regarder par dessus les banquettes et changeait constamment de position. Je crois n'avoir jamais vu quelqu'un d'aussi stressé, ou du moins qui l'exprimait avec autant de bruit. J'avais l'impression que son monde s'était effondré et qu'elle mélangeait anxiété, peur, perte et impatience.

Le stress étant communicatif j'ai essayé de ne pas entendre et de replonger dans ma lecture. J'ai du lire deux mots avant de violemment sursauter :

« Oooooh, mais qu'est-ce qu'il fait là hein, il est oùùùùùù ? »

Je pense n'avoir pas été le seul à avoir eu cette réaction vu que presque tous les occupants du wagon se sont immédiatement tournés vers elle (hormis mon voisin de gauche qui semblait plongé dans un sommeil proche du coma). Visiblement elle ne pouvais plus se contenir, c'était plus fort qu'elle, il fallait que ça sorte.

Bassement abandonné par mon voisin de gauche (trop occupé à roupiller) et vivement soutenu par une vingtaine de regards accusateurs (ouh, le vilain, il n'aide pas cette pauvre femme en difficulté), je me suis retrouvé tout seul à devoir m'occuper du problème.

Après une discussion tout droit sortie d'un livre de Ionesco (je me suis rapidement rendu compte que la femme était à moitié sourde vu qu'elle répondait n'importe quoi à mes questions la plupart du temps), j'ai fini par comprendre que son mari était parti vérifier les bagages et qu'il n'était toujours pas revenu.

Ne connaissant pas, de mémoire, de cas de disparitions de gens dans un train depuis 1920, je tente de rassurer la femme en lui disant que son mari va revenir, qu'il ne faut pas qu'elle s'inquiète.
En vain.

La crise de panique a continué encore durant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'un grand « Aaaaaah, le voilààààà !!!! » n'y mette fin (le mari ayant refait surface).

L'objet de la peur ayant disparu (le mari étant réapparu) et l'hyperventilation cessant peu à peu, j'ai pu souffler un grand coup, me disant que je pourrai enfin finir mon livre tranquille.

...

« Les bagages sont introuvables ! »

Cette phrase, déclarée par le mari, s'est avérée lourde de conséquences :

D'une part, elle a presque immédiatement replongé la femme dans son anxiété démesurée, relançant le cycle hyperventilatoire à sa vitesse de croisière, et, d'autre part, elle a provoqué chez moi un instant d'extrême lucidité : je ne peux rien faire et j'en ai pris pour 4 heures.

Je sens que le voyage va être long !

Dotclear 2.4 et nouvelles icônes

Les utilisateurs de Dotclear (plateforme française de blog) ont pu voir récemment une notification leur précisant que la version 2.4 de leur plateforme préférée était disponible. Au menu, de nouvelle fonctionnalités, corrections de bugs et de failles de sécurité, mais aussi un nouveau jeu d'icônes.

En mai dernier, lors de la sortie de la version 2.3, l'équipe de Dotclear faisait part de son souci de licence avec les icônes précédentes. En effet les icônes n'étaient pas sous licence libre, élément un peu problématique pour une plateforme qui se veut, elle, libre. J'ai donc proposé à l'équipe de travailler sur un set d'icônes qui serait placé sous licence libre. J'ai été essentiellement en contact avec Kozlika mais le reste de l'équipe a donné son avis à plusieurs reprises sur le travail.

Pour conclure j'ai vraiment apprécié de travailler avec l'équipe et je suis content du résultat obtenu. Si vous aussi vous voulez participer au développement (plugins, corrections de bugs, propositions, etc...), n'hésitez surtout pas et allez vous faire connaitre sur le forum.

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Les icônes sont placées sous licence libre (GPLv2) et accessibles en téléchargement ici

Depth Affect visual show

Concert de Depth Affect mercredi 9/11 au Trampolino à Nantes (44).

L'occasion de tester les nouveaux visuels sur lesquels on bossait depuis plusieurs mois : 10 thèmes (9 sont visibles sur la vidéo) sont ressortis de ce travail que j'ai entrepris en collaboration avec Xavier Brunet (chacun a fait la moitié des thèmes à peu près, certains ont été mélangés et remaniés).

L'idée de départ était de projeter les visuels sur le groupe (pour ce concert là ça n'a pas été possible techniquement). Nous voulions aussi que la musique influence la teinte de la projection, mais après réflexion le côté noir et blanc nous a paru plus radical et donc plus intéressant. Au final on a beaucoup travaillé sur des formes géométriques, des aplats, des motifs et des textures de bruit. Certains ont peut-être d'ailleurs reconnu la couverture de mon mémoire sur le 2ème thème (j'aimais bien ce motif donc je m'en suis servi pour la couverture).

Les thèmes

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Tramages (non présent sur la vidéo)

Plusieurs motifs de trames qui se déplacent lentement et révèlent des formes
- Thomas
 
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Morellet

Des barres lumineuses qui s'entrecroisent
- Xavier
 
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Cube verre

Des cubes de verre créés en 3d dans lesquels se déplacent des lumières
- Thomas
 
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Grain geo

Des formes géométriques simples texturées avec du grain
- Xavier
 
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Débris + triangle

Un motif en pixels (issu d'une vidéo où je casse des bouteilles en verre) sur lequel des aplats géométriques viennent se superposer en négatif
- Thomas + Xavier
 
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Facettes

Des motifs qui se déplacent dans des centaines de facettes
- Xavier
 
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Explosions

Des cubes en 3d filaire qui explosent en des milliers d'autres cubes
- Thomas
 
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Eventail

Des lignes en éventail qui apparaissent et disparaissent lentement
- Xavier
 
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Trames

Des formes géométriques révélées par des trames qui se superposent
- Xavier
 
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Cube2 + ballaction

Des formes géométriques en 3d (cube, exagones, etc...) qui tournent sur un motif de bruit
- Thomas + Xavier
 

Colère

J'ai du le voir pour la première fois quelques jours après mon arrivée à Lorient, c'est à dire il y a maintenant 5 ans. Je rentrais d'un repas chez des amis, il était donc relativement tard (peut-être 1h du matin) et, habitant à l'époque près de la gare d'échanges (un quartier peu tranquille la nuit), je marchais d'un pas décidé et d'un œil attentif (aussi attentif puisse-il être après un bon repas arrosé de vin).

Je l'ai entendu avant de le voir :

«Ouaieuuuu, sarkozyiiiieu enculééééeuuu, c'est toujours pareileuuuu, franchement on nous prend pour des conssssseuuu, non, vraiment, il y en a marreuuu, z'êtes pas d'accord, hein, z'êtes pas d'accord vous heineuuu, c'est toujours pareileuuuu [...]»*

Je venais de rencontrer Colère.

Colère (c'est le nom que je lui ai attribué étant donné que je n'ai jamais vraiment osé lui demander) est un homme d'une quarantaine d'années, cheveux grisonnants, souvent vêtu d'un long manteau beige-délavé, toujours en jean et, surtout, toujours en colère.

Ma première rencontre avec lui a été assez tendue, je n'étais pas vraiment rassuré sur ses intentions : était-il violent ? voulait-il qu'on lui réponde ? que faire ? En bonne personne courageuse que je suis, j'ai fait semblant de ne pas le voir ni de l'entendre (chose assez difficile vu le nombre de décibels et ses gestes dans tous les sens) et j'ai passé mon chemin.

Le lendemain, sans doute en milieu d'après midi, j'ai entendu la même mélodie. Un peu curieux (mon courage ayant retrouvé son maximum maintenant que les rues étaient pleines de monde) je me suis rapproché et j'ai revu Colère... toujours en colère. Cette fois-ci je suis resté un peu, sans doute pour essayer de comprendre le personnage. C'est à cette occasion que je me suis rendu compte qu'il était inoffensif. Il toisait les gens à la recherche d'une personne capable de lui apporter son soutien. Les passants, visiblement aussi courageux que moi la veille, semblaient adopter le même comportement : surtout faire semblant de ne pas voir. Cette scène m'a souvent amusé d'ailleurs les autres fois où j'ai revu Colère, c'était presque devenu un jeu d'observer la réaction (ou plutôt la non-réaction) des passants face à cet homme.

Je l'ai recroisé bon nombre de fois pendant plusieurs années, presque comme s'il faisait partie intégrante de cette ville. C'était souvent le même scénario : je l'entendais, ce qui avait pour effet de décrocher un sourire sur mon visage, puis je le voyais, fidèle à lui-même, identique, inchangé malgré les années qui passent. Je crois que j'ai toujours eu beaucoup de compassion pour Colère, il n'était pas méchant, il ne faisait de mal à personne.

Puis un jour il a disparu. C'était il y a 2 ans.

 

Epilogue:

Hier soir, j'ai revu Colère. Je dois dire que j'ai ressenti une grande joie de le retrouver, vivant. Cependant quelque chose avait apparemment changé chez lui : il n'était plus en colère. Nous étions à un concert dans un bar ce qui m'a permis de l'observer discrètement. Si sa colère s'était calmée, il n'en était pas moins resté inchangé, toisant les gens dans tous les sens pour leur dire à quel point le concert était bien et à quel point le guitariste avait une magnifique guitare. Certains le prenaient pour un relou-de-base et lui répondaient de manière succinte sans vraiment le regarder, mais d'autres entamaient la conversation avec lui.

Il aurait pu me faire un peu de peine, mais j'ai vu le changement radical dans la réaction des gens (avant ils faisaient tous semblant de ne pas le voir) j'étais content pour lui.

Mais du coup comment vais-je l'appeler maintenant ?

 

*Nicolas Sarkozy était à l'époque ministre de l'intérieur et faisait déjà parler de lui

Expo et atelier au lycée Dupuy de Lôme

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Je préparais depuis le mois de Juin un atelier de travail avec des Lycéens de l'établissement Dupuy de Lôme à Lorient. Initié par la prof d'art plastiques (Mme Catherine Fontaine), cet atelier avait pour but de faire intervenir un jeune artiste autour du médium vidéo. Cet atelier fonctionne en plusieurs temps:

Une exposition personnelle dans le hall de l'amphithéâtre de l'école, du 17 octobre au 23 Novembre :

dupuy01.jpg dupuy02.jpg dupuy03.jpg dupuy04.jpg dupuy05.jpg dupuy06.jpg

Une conférence où je présentais mon travail, mon cursus et un panel non exhaustif de ce qui peut se faire en art vidéo :

- Gisèle Kérosène de Jan Kounen - 1989 (5min)
Court-métrage d'animation en stop motion
- Alice de Jan Švankmajer - 1988
Mélange d'animation et de filmage réel pour raconter le livre de Caroll
- Virile Games de Jan Švankmajer - 1988 (6min)
Mélange d'animation (papier découpé, stop-motion, pâte à modeler), de found-foutage, de filmage etc...
- Passage à l'acte de Martin Arnold - 1993
Comment retourner complètement le sens d'un film en ne touchant qu'au montage
- Tango de Zbig Rybzcynski - 1981
Mélange des récits et des temps au sein d'un seul espace
- La jetée de Chris Marker - 1962
Roman photo ayant inspiré le film l'armée des 12 singes
- Rubber de Quentin Dupieux - 2011
Comment raconter la vie d'un objet en le traitant comme un humain

Et enfin, un temps de travail pour les élèves sur le thème suivant :

« Vous devrez aller dans un lieu désaffecté, désert ou à l'abandon muni de votre appareil de captation d'images (appareil photo, caméra, téléphone portable, etc...). Dans ce lieu, vous prélèverez des éléments que vous assemblerez ensuite afin de créer une narration. Le but sera donc de raconter une histoire sans pour autant avoir de sujet vivant à filmer. »

Le but de l'exercice est de faire découvrir aux élèves que la narration peut se trouver au sein même de l'image et non pas forcément dans ce qui à été filmé. La création vidéo ne repose pas forcément dans un processus de captation d'images, mais peut aussi être un processus de recréation. Le récit doit alors se trouver dans l'image et non dans le monde réel.

Pour finir, je tiens à remercier Catherine, sans qui ce projet n'aurait pas pu voir le jour. Elle m'a permis de préparer ce projet avec elle en toute confiance. C'est quelque chose d'assez nouveau pour moi que de travailler avec des jeunes dans un tel cadre, c'est à la fois intriguant et très motivant.
Dans un prochain billet je raconterais mes impressions et mes échanges avec les élèves.

La mort de Steve Jobs

Je n'apprend rien à personne en disant que Steve Jobs, co-fondateur d'Apple est décédé mercredi dernier (il suffit d'ouvrir ses volets pour voir partout dans la rue la nouvelle de sa mort). Sentant le scoop qui fait vendre, la presse a sauté sur l'occasion pour faire de magnifiques discours et images pour saluer l'homme.

Je n'ai jamais été un grand fan d'Apple (ceux qui me connaissent se rappelleront sans doute ma verbe, ma médisance et mon acharnement à critiquer la pomme), mais je suis forcé de reconnaître certaines qualités dans ces produits. Il est vrai qu'Apple a sorti plusieurs produits phares, que la concurrence s'est empressé de copier et qui sont, aujourd'hui, devenus des outils quotidiens, mais il faut quand même se modérer :

Apple n'a pas inventé le smartphone, ils ont combiné tout ce qui se faisait en matière de technologie mobile et l'ont réuni dans un outil parfaitement fonctionnel (là était la nouveauté)

Apple n'a pas inventé l'OS (bon, là il y a eu plein de précurseurs)

Apple n'a pas inventé la souris (elle a été inventée en 1963 par Douglas Engelbart du Stanford Research Institute)

La marque à la pomme n'a fait qu'apporter, toutes ces années, ses pierres à l'édifice qu'est devenu aujourd'hui le monde du numérique. Apple a su innover pour présenter des produits fonctionnels et "beaux" et a réussi à créer une force de marketing à nulle autre pareille. Car oui, avant tout les produits Apple sont des concepts avant d'être des outils. Il suffit de voir leurs publicités pour en être convaincu :

ipad_slogan.PNG

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Campagnes agressives, slogans efficaces, bref, un véritable travail de marketing parfaitement orchestré. En gros, Apple fait de très belles machines et sait les vendre, et c'est tout.

Revenons maintenant à Jobs. Sa mort a suscité bon nombre de réactions dont voilà quelques perles:

"Steve était l'un des plus grands inventeurs américains, assez courageux pour penser différemment, assez audacieux pour croire qu'il pouvait changer le monde et assez talentueux pour le faire" B. Obama

"les 3 pommes de l’histoire: pomme d’adam, pomme de newton, pomme de steve" Un (ou plusieurs) internaute(s)

"Ce soir l'Amérique a perdu un génie dont on se souviendra comme d'Edison et d'Einstein [...]" Michael Bloomberg

Voilà justement l'objet de mon irritation. Non, Jobs n'est pas un homme qui a révolutionné le monde, il a juste vendu des ordinateurs (et des gadgets). Je me demande pourquoi, les médias, et les gens par extension, se sentent obligés d'exagérer de manière disproportionnée l'impact de cet homme sur le monde. C'était un patron d'une des plus importantes multinationale américaine, visionnaire certes, mais pour sa propre entreprise. Comment peut-on comparer, ne serait-ce qu'une seule seconde Jobs avec Einstein ? Einstein est l'homme qui a révolutionné la pensée de la science moderne avec sa théorie de la relativité, Jobs, lui, n'a fait que présenter de nouveaux objets de consommation et sachant créer un effet de besoin chez le consommateur. Et c'est extrêmement différent !

Ce n'est même pas lui qui a créé l'iPhone, l'iPad, l'iMac, il n'a fait que réunir et diriger des techniciens très talentueux pour fabriquer ces produits. Alors pourquoi lui attribuer ce mérite?

Il y a encore quelques années, on qualifiait de génie qui change le monde des hommes comme Gandhi, Luther King, des hommes qui ont payé de leur vie la volonté de faire avancer l'humanité. On qualifiait aussi en ce sens des inventeurs ou des scientifiques porteurs d'une pensée révolutionnaire qui a eu un impact notoire sur notre manière d'appréhender le monde : Einstein, Edison, Galilée, les Curie, etc... Pour les artistes c'est exactement la même chose, Duchamp à bouleversé notre rapport à l'exposition (ok, c'est réducteur), Picasso notre vision de la représentation en art, Robert Capa notre manière d'appréhender le monde qui nous entoure, etc...

Alors pourquoi, à notre époque, n'encensons nous plus les prix Nobel de Physique, de Mathématiques, et autres ? Connaît-on seulement leurs noms ? Notre société préfère élever au rang de Dieu un dirigeant d'entreprise, sorte de gourou de la technologie devant lequel tout le monde devrait se prosterner. Qu'est devenu notre vision du monde ? Où sont les penseurs, où sont les utopistes, où sont ceux qui veulent apporter quelque chose à notre société sans y étiqueter 99$ ? Car oui, Jobs nous a vendu des produits, il n'a rien donné et c'est très différent.

Alors oui, pour conclure, je déplore la mort de l'homme qui se battait depuis 2004 contre un cancer. Non, je ne considère pas son décès comme une perte pour l'humanité toute entière, c'est une perte humaine et c'est déjà pas mal !

Exposition Bartelbyturique aux Ateliers de la gare à Locminé

Comme tous les ans, les étudiants de 4ème année de l'école européenne supérieure d'art de bretagne (EESAB, anciennement ESA) exposent leurs travaux à l'extérieur. Cette année n'y coupe pas et c'est donc aux Ateliers de la Gare à Locminé (56500) qu'ils ont choisi de s'installer.

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Bartlebyturique*

(22 septembre – 30 octobre 2011)
Exposition des étudiants de 5ème année de l’École européenne supérieure d’art de Bretagne – site de Lorient
à l’Atelier de la Gare, Locminé (56500)

Un point d’étape, avant l’entrée en 5ème et dernière année.
L’école et l’Atelier de la Gare offrent la possibilité à un groupe de 12 étudiants d’investir un espace d’exposition hors de leurs ateliers, de concevoir un accrochage collectif avec des œuvres personnelles, qui interrogent des démarches singulières. Présenter des pièces abouties mais porteuses des développements à venir, expérimenter la présentation des œuvres au public, garder la trace de l’événement par une édition, tels sont les enjeux de ce Bartlebyturique.

Cette exposition regroupera les travaux de Charlène Auvinet, Soazic Bruneau, Emeline Chanu, Nolwenn Guérin, Olivia Gras, Laura Hernandez, Guillaume Lepoix, Adélaïde Lerouge, Xiangyan Liu, Coralie Moser, Maud Poulain, Emmanuelle Vennel

* « Médicament aux propriétés hypnotiques que les employés de bureau de Wall Street préfèreraient ne pas consommer » (Alain Créhange).

Depth Affect - nouvel album : Draft Battle

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Le 4ème album de Depth Affect sortira dans les bacs sur le label ADM à la fin du mois.

Draft Battle by DEPTH AFFECT

Depth Affect est un groupe de musique électronique créé en 2004 par Rémy Charrier et David Bideau. Ils ont sorti 4 albums à ce jour : Arche Lymb (2006), Hero Crisis (2008), Chorea (2010) et Draft Battle (2011). J'ai récemment rejoint le groupe pour faire leurs nouveaux thèmes visuels et pour 3 concerts (dont un à Moscou!). J'espère avoir bientôt des images des concerts pour vous monter le VJing sur lequel je travaille depuis quelques mois...
Pour info, la jaquette ainsi que la typo (paintball) sont réalisées par Jocelyn Cottencin.
Site officiel de Depth Affect
Le site de Jocelyn Cottencin : jocelyncottencin.com/

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Melancholia de Lars Von Trier

affiche-Melancholia-2010-4.jpgJe suis allé voir jeudi dernier Melancholia de LVT, ce film fait partie des meilleurs que j'ai pu voir cette année.

Au début le film commence un peu comme Tree Of Life (un film qui prétend montrer la beauté du monde sur fond d'écran Apple), j'avoue que j'ai eu un peu peur. Sauf que Lars Von Trier ce n'est pas Terrence Mallick et qu'il ne s'embourbe pas dans un discours niaiseux en filmant le soleil dans les arbres (quoi qu'il s'embourbe avec son discours sur le nazisme, mais c'est pas le propos du film). Les deux films sont assez similaires en apparence, mais leurs intentions divergent.

Tree Of Life propose de belles images pour nous faire croire que le monde est beau (n'est-ce pas un non-sens de montrer un monde esthétisé pour témoigner de sa beauté ?). Mallick nous montre alors une belle pub Areva comme il l'avait déjà fait avec Nouveau Monde (avec de belles phrases "Dieu, tu m'a tendu les bras", ressemblant trait pour trait aux slogans EDF "On vous doit plus que la lumière"). J'ai trouvé ce film moralisateur, peu subtil (balancer Lacrimosa après la mort d'un enfant c'est très très fin...), séduisant et esthétisant, bref extrêmement prétentieux.

Melancolia est à l'opposé une œuvre beaucoup plus noire. D'abord, les "belles" images sont très différentes, puisqu'elles sonnent plus comme des tableaux représentant les derniers moments de vie des personnages que comme une prétendue représentation du monde (d'ailleurs un des tableaux est issu directement du rêve d'un des personnages). Le côté romantique prend alors tout son sens et finit par se diriger, lentement, vers une mélancolie totale (le film est tout autant mélancolique que le personnage principal). Ensuite, le film se contente de témoigner de la fin du monde uniquement à travers 2 personnages (3 avec l'enfant). Melancholia part donc du petit pour aller vers le grand, à l'inverse de Tree Of Life (où le début du film nous dresse une carte de l'infiniment grand à l'infiniment petit en s'étalant sur une période allant de la préhistoire à nos jours, rien que ça!). C'est donc une œuvre qui, bien que traitant d'un sujet aussi lourd que la mélancolie, ne se perd pas dans un récit trop vaste en se concentrant sur l'essentiel : l'acceptation de la fatalité. En bref, un véritable remède pour ceux qui, comme moi, ont du mal à se remettre du film de Mallick.

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Si vous n'avez pas vu le film, je vous conseille de vous arrêter là, ça va pas mal spoiler.

L'histoire est volontairement simple : une planète du nom de Melancholia surgit de derrière le soleil et se dirige vers la terre, signant irrémédiablement la fin du monde. Pourtant, l'histoire ne se concentre que sur les deux sœurs, Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg), aux caractères (et aux physiques*) fondamentalement opposés : l'une sombre dans une mélancolie totale et accepte la fatalité comme une sorte de délivrance tandis que l'autre se bat contre un sort pourtant inévitable (la séquence où Claire tente de fuir la fin du monde avec une voiturette de Golf est des plus ridicule).

L'analogie entre les deux planètes qui se confrontent et les deux sœurs est d'ailleurs étonnante. La Terre, étonnamment petite face à Melancholia, serait Claire (très maigre) face à Justine (très plantureuse). Le destin des deux sœurs est scellé à l'instar de celui des deux planètes qui vont se heurter. Si je vais plus loin, je pourrai même dire que Claire a tout à perdre (elle a un enfant qu'elle veut protéger à tout prix), comme la Terre qui abrite la vie, alors que Justine, qui vient de massacrer sa carrière et son mariage (on pense d'ailleurs à Festen de Vinterberg pour la séquence du mariage) est comme Melancholia : un corps céleste sans vie (dans sa phase la plus basse Justine ne trouve même plus la force de marcher) qui précipite le monde dans sa propre chute.

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Pour mettre un terme à tout espoir, LVT décide, dans une séquence très bien emmenée, de déclarer et de prouver qu'il n'existe pas de vie ailleurs. La collision des deux planètes signe donc l'anéantissement total de la vie dans l'univers. Et Trier décidera justement de terminer son film lors de la collision, comme si la disparition de la vie entrainait logiquement la disparition du film : il n'y a plus rien après.

La fin du film est d'ailleurs sublime : après avoir dressé un beau pied de nez à tous les films de catastrophe hollywoodiens (Claire propose d’assister à la fin du monde avec un verre de vin, très cliché, et se fait remballer par Justine qui lui propose plutôt "d'attendre dans les chiottes") Trier nous dresse une dernière image choc : les personnages, réunis dans une "cabane magique" assistent à l'arrivée fulgurante de l'immense planète qui remplit le ciel. La fragilité et la puérilité de la cabane (c'est l'enfant qui demande à ce qu'on la construise) entre en contraste direct avec cet immense corps qui fonce à une vitesse folle et dont le gigantisme dépasse l'entendement. Cette séquence sonne presque comme l'image même de l'inéluctabilité.

*D'ailleurs c'est moi ou Kirsten Dunst s'est fait refaire les seins ?

Le rangement désorganisé ou le désordre rangé

Lorsque j’invite des gens chez moi pour la première fois j’entends souvent la remarque suivante :

« oh c’est bien rangé chez toi ! »

En réponse, je souris, bêtement, fais parfois le modeste « oh, mais c’est parce que vous veniez », parfois le faux-surpris « ah bon ? vous trouvez ? pourtant j’ai un crayon là posé sur la table qui n’est pas à sa place », mais je reste toujours très gêné...

...et pour cause :
     cette affirmation est totalement fausse !

Pour terminer avec cette image qui me suit depuis quelques années : non, je ne suis pas maniaque (les 15cm de vaisselle qui dépassent régulièrement de mon évier sont là pour en témoigner), je fais juste partie de la tranche de la population qui aime le «bordel rangé».

Selon moi, il existe deux types d’organisation : le rangement désorganisé d’une part et le désordre rangé d’une autre.

Le bordélique organisé est une personne qui entasse (comme tout le monde), mais qui n’a de cesse d’essayer de structurer son espace, hiérarchiser ses biens. Ainsi, il se munit d’espaces dits de rangement (placards, tiroirs, casiers, caves, etc...) et y place, selon une organisation qui lui est tout à fait personnelle, l’ensemble de ses biens. Il mathématise, géométrise, compose et décompose des zones spatiales dans lesquelles il va placer, au plus près de ses convictions structurelles, les objets qu’il possède. Parfois il pousse le vice jusqu’à mettre des étiquettes ou des bandeaux de couleur afin d’esthétiser son organisation.
Pourtant, à quoi cela lui sert-il?
Ces placards, il ne les ouvrira jamais, il entasse et accumule à l’infini, comme ces antiquaires qui vous font visiter leurs hangars remplis de vieilleries dont seules les araignées apprécient l’utilité. Ces espaces deviennent alors des non-lieux, des espèces de vestiges, composés d’objets en tout genre entassés, organisés, mais jamais consultés.
Souvent, le bordélique organisé n’a presque plus aucun souvenir des objets qu’il «range». Il est alors obligé de créer des listes ou des moyens mnémotechniques pour se retrouver dans sa propre (dés)organisation. Dans l’absolu, un bordel organisé serait une sorte de bibliothèque, où chaque oeuvre serait rangée par ordre alphabétique mais dont personne ne connaîtrait l’intégralité du contenu.
Si vous demandez à un bordélique organisé de retrouver sa facture EDF du premier trimestre 2009, il lui faudra très peu de temps pour ouvrir le placard qui contient la boîte qui contient le classeur qui contient l’intercalaire qui contient le fameux document.

Le maniaque désorganisé est une personne beaucoup moins centrée sur les apparences. Là où un bordélique organisé se vante (et n’a de cesse de le montrer d’ailleurs) de sa prétendue organisation, le maniaque désorganisé ne peut pas se cacher : son habitat est le reflet de son mode de vie. Lorsque l’on entre chez lui, on découvre presque immédiatement une architecture déconstruite, ressemblant plus à un Picasso (de son époque cubiste) qu’à un De Chirico. Le sol sur lequel il marche est constitué de plusieurs strates, composées d’un agglomérat de feuilles, d’ustensiles (stylos, couverts, etc...) et de poussière. Les parois de son habitat sont composées de murs, de livres et de cartons se soutenant les uns les autres pour porter la toiture depuis laquelle pend toute sorte d’objets organiques ou non.
Pourtant il sait parfaitement se retrouver dans son espace : il possède une sorte de géolocalisation ou de cartographie des lieux dans lesquels il entasse, à tel point qu’il peut y survivre presque sans aucun problème des jours durant. Le drame survient d’ailleurs lorsqu’un bordélique organisé vient semer la pagaille (comprenez «ranger») dans son espace, laissant notre maniaque désorganisé dans une sorte de léthargie post-traumatique due au fait qu’il ne retrouve plus du tout ses affaires.
Si vous demandez à un maniaque désorganisé de retrouver sa facture EDF du premier trimestre 2009, il lui faudra très peu de temps pour vous ressortir une couverture chargée d’histoire (notamment le dernier festival de rock où il pleuvait des cordes) contenant un coffre à jouets (le rose, celui de son enfance, offert par ses grands parents) dans lequel une boîte à chaussures (des adidas à -75%, une vraie affaire) renferme des crayons (utilisés au CM2), un petit soldat (volé à Jean-Luc à la maternelle) et le fameux document (un peu taché, du café renversé dessus).

Alors quelles différences ? Un bordélique organisé aseptise sa boulimie bordélique en lui attribuant des étiquettes et en empêchant un envahissement pourtant inévitable. Le maniaque désorganisé se laisse au contraire totalement envahir par les objets qu’il accumule, afin de mieux les assimiler, mais finit par disparaître sous le développement d’une symbiose organico-minérale des éléments constitutifs de son lieu de vie.

Mais ranger c’est quoi ? C’est simplement entasser le bordel dans des placards ou dans des tiroirs.
Rien de plus.

Et vous ? Plutôt bordélique organisé ou maniaque désorganisé ?