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Enquête diplômés DNAT/DNAP - Ministère de la culture

Les anciens étudiants en art le savent sûrement, mais le ministère de la culture a mandaté un organisme privé pour réaliser un sondage auprès des anciens étudiants en art ayant obtenu leur diplôme. Cet étude est réalisée tous les ans (ou tous les deux ans) et a pour but de pouvoir donner des chiffres sur l'insertion professionnelle des jeunes diplômés.

Cela pourrait être une bonne idée, si seulement les chiffres récoltés n'étaient pas arrangés (je ne dis pas modifiés, juste présentés sous un bon angle) afin de faire briller les apparences et présenter une belle façade de ce qu'est un cursus d'études artistiques.

Vu que je ne répond jamais à ces enquêtes (que je trouve bidon), je reçois régulièrement ce genre de courriers :

Ceci est une relance à destination des diplômés n’ayant pas répondu à l’enquête. Merci infiniment d’y prêter  attention et de répondre au questionnaire.

Bonjour,
Le Département des écoles supérieures d'art et de la recherche de la Direction générale de la création artistique du Ministère de la Culture souhaite connaître les parcours des étudiants issus du réseau des écoles supérieures d'art dont elle assure le contrôle pédagogique après l’obtention de leur DNAP ou DNAT.
Pour ce faire, la DGCA a confié au cabinet XXXX Conseil la réalisation d'une étude sur un échantillon de 14 établissements à l'échelle du territoire national, portant sur les conditions de la poursuite de parcours académiques au sein ou hors des écoles d'art et de l'insertion professionnelle des étudiants titulaires du DNAP ou du DNAT diplômés en 2009 ou 2010.
Nous vous contactons afin de vous demander de participer à cette enquête en renseignant le questionnaire auquel vous aurez accès en vous connectant sur le site Internet dédié
http://www.lenomdusite/lenquete.html
Nous vous remercions par avance de votre participation et de l'intérêt que vous porterez à cette enquête dont les réponses seront traitées de façon tout à fait anonyme, conformément à la déontologie en vigueur.

Cordialement,

Y. L.
Sociologue
Consultant

Un peu agacé par ces nombreuses relances, je me suis décidé à leur répondre :

Bonjour,

comme vous le signalez je n'ai pas répondu au précédent questionnaire, malgré les nombreuses relances que vous avez émises.

Je ne le ferai pas.

Ce questionnaire, ou plutôt ce qui en est fait, participe selon moi à un vaste programme de désinformation. Les chiffres qui sont émis, je les connais, je les cite aux parents lors des forums d'orientation :

"plus de 80% des étudiants qui ont obtenu un DNSEP ont trouvé un travail en moins de 2 ans dans le secteur culturel au sens large".

Quelle blague ! Je suis graphiste freelance (affilié à la maison des artistes), ce qui me vaudrait de faire partie de ces fameux 80%. J'ai des amis qui ont trouvé des petits boulots de 8h par semaine pour donner des cours d'art plastique aux enfants, eux aussi y rentreront.

Sous ces beaux chiffres se cache une autre réalité. Graphiste freelance est un boulot alimentaire, qui permet à peine de payer le loyer. Les petits "plans" que les anciens étudiants se trouvent sont juste des appoints, le reste du temps, ils bossent en tant que livreurs de pizzas ou autres jobs.

Quand on parle du cursus professionnel qui suit après 5 ans d'études en art, il ne faut pas citer de chiffres !

Les chiffres on peut leur faire dire ce que l'on veut, selon la manière dont on les présente. Ce n'est donc qu'un pur mensonge. Dans ma promotion, sur 16 diplômés, seuls 2 ont véritablement trouvé un travail en CDI qui leur permet d'envisager une carrière professionnelle. Et ces deux anciens étudiants ont du coup abandonné toute production artistique.

La formation en école d'art est une formation non professionnalisante, point.
Les écoles d'art forment des artistes avant tout. Une école d'art apporte à un étudiant une réflexion personnelle et plastique, lui permettant de réaliser une création plastique individuelle, unique et de qualité. Cette formation peut servir dans d'autres professions, mais ne propose pas et ne proposera jamais de débouchés directs.

Car ce que ces chiffres ne disent pas c'est qu'être artiste c'est un métier. C'est un métier dont on ne vit pas (ou très mal) et qui implique de s'engager dans des solutions alternatives pour pouvoir survivre. Soit en complétant par un travail alimentaire à mi-temps, soit en mettant de côté toute idée de luxe ou d'achats superficiels.

Alors oui, ce que je dis ne rassure pas les mamans lors des forums d'orientation. Ce que je dis ne fait pas briller les belles directives du ministère de la culture qui veut une formation avec des débouchés (encore une preuve évidente de la méconnaissance du législateur à notre égard). Mais ce que je dis est la réalité.

Alors non, je ne répondrai pas à votre questionnaire. Car il ne propose ni les bonnes questions ni les bonnes réponses.

En vous souhaitant une agréable journée !


--
Thomas

A ce jour, j'attends toujours une réponse à mon mail...

Colère

J'ai du le voir pour la première fois quelques jours après mon arrivée à Lorient, c'est à dire il y a maintenant 5 ans. Je rentrais d'un repas chez des amis, il était donc relativement tard (peut-être 1h du matin) et, habitant à l'époque près de la gare d'échanges (un quartier peu tranquille la nuit), je marchais d'un pas décidé et d'un œil attentif (aussi attentif puisse-il être après un bon repas arrosé de vin).

Je l'ai entendu avant de le voir :

«Ouaieuuuu, sarkozyiiiieu enculééééeuuu, c'est toujours pareileuuuu, franchement on nous prend pour des conssssseuuu, non, vraiment, il y en a marreuuu, z'êtes pas d'accord, hein, z'êtes pas d'accord vous heineuuu, c'est toujours pareileuuuu [...]»*

Je venais de rencontrer Colère.

Colère (c'est le nom que je lui ai attribué étant donné que je n'ai jamais vraiment osé lui demander) est un homme d'une quarantaine d'années, cheveux grisonnants, souvent vêtu d'un long manteau beige-délavé, toujours en jean et, surtout, toujours en colère.

Ma première rencontre avec lui a été assez tendue, je n'étais pas vraiment rassuré sur ses intentions : était-il violent ? voulait-il qu'on lui réponde ? que faire ? En bonne personne courageuse que je suis, j'ai fait semblant de ne pas le voir ni de l'entendre (chose assez difficile vu le nombre de décibels et ses gestes dans tous les sens) et j'ai passé mon chemin.

Le lendemain, sans doute en milieu d'après midi, j'ai entendu la même mélodie. Un peu curieux (mon courage ayant retrouvé son maximum maintenant que les rues étaient pleines de monde) je me suis rapproché et j'ai revu Colère... toujours en colère. Cette fois-ci je suis resté un peu, sans doute pour essayer de comprendre le personnage. C'est à cette occasion que je me suis rendu compte qu'il était inoffensif. Il toisait les gens à la recherche d'une personne capable de lui apporter son soutien. Les passants, visiblement aussi courageux que moi la veille, semblaient adopter le même comportement : surtout faire semblant de ne pas voir. Cette scène m'a souvent amusé d'ailleurs les autres fois où j'ai revu Colère, c'était presque devenu un jeu d'observer la réaction (ou plutôt la non-réaction) des passants face à cet homme.

Je l'ai recroisé bon nombre de fois pendant plusieurs années, presque comme s'il faisait partie intégrante de cette ville. C'était souvent le même scénario : je l'entendais, ce qui avait pour effet de décrocher un sourire sur mon visage, puis je le voyais, fidèle à lui-même, identique, inchangé malgré les années qui passent. Je crois que j'ai toujours eu beaucoup de compassion pour Colère, il n'était pas méchant, il ne faisait de mal à personne.

Puis un jour il a disparu. C'était il y a 2 ans.

 

Epilogue:

Hier soir, j'ai revu Colère. Je dois dire que j'ai ressenti une grande joie de le retrouver, vivant. Cependant quelque chose avait apparemment changé chez lui : il n'était plus en colère. Nous étions à un concert dans un bar ce qui m'a permis de l'observer discrètement. Si sa colère s'était calmée, il n'en était pas moins resté inchangé, toisant les gens dans tous les sens pour leur dire à quel point le concert était bien et à quel point le guitariste avait une magnifique guitare. Certains le prenaient pour un relou-de-base et lui répondaient de manière succinte sans vraiment le regarder, mais d'autres entamaient la conversation avec lui.

Il aurait pu me faire un peu de peine, mais j'ai vu le changement radical dans la réaction des gens (avant ils faisaient tous semblant de ne pas le voir) j'étais content pour lui.

Mais du coup comment vais-je l'appeler maintenant ?

 

*Nicolas Sarkozy était à l'époque ministre de l'intérieur et faisait déjà parler de lui