Parallèles

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Mon nouveau dossier d'artiste

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Je n'en avais jamais fait avant, mais voilà mon nouveau dossier d'artiste.

Il contient une petite sélection de certains de mes travaux, en vidéo, installations et art numérique, ainsi qu'un CV.

Vous pouvez le télécharger ici au format pdf (1,90Mo).

 

Avatar, complexe archaique fécond

(projet en commun de Guillaume Lepoix et Thomas Daveluy)

Bachelard, reprenant les théories de Jung, évoque la notion de complexe archaïque fécond[1]. Il théorise le fait que la destruction (notamment par le feu) est le moment d'existence ultime de l'objet.
Ce complexe est archaïque, puisqu'il date du début de la civilisation humaine.

Ce passage par la destruction apporte une preuve tangible de l'existence de l'objet en tant qu'élément réel (comment détruire quelque chose qui n'existe pas ?).

Par ailleurs, le feu est un élément hautement symbolique. Vénéré par toutes les civilisations, c'est en effet un objet de fascination, vital, mais destructeur. Il est l'élément d'un passage, d'une transition vers un autre état (purification en général), créant une ambivalence entre quelque chose qui disparaît et un nouvel élément qui apparaît. En Amérique latine on brule des épouvantails lors du nouvel an (del año viejo - le bonhomme de la vieille année) afin de mettre fin aux vieilles rancœurs de l'année passée, ce qui permet de recommencer une nouvelle année sereine. Le feu n'est donc pas une fin en soi, c'est bel et bien un élément transitoire.

Dans cette vidéo, le but initial était bien de tenter d'apporter cette preuve de l'existence de l'objet virtuel. Le personnage qui brûle (que je nommerai l'avatar) est une modélisation en 3D de la personne qui fait l'action sur la vidéo (que je nommerai le référent). Cet avatar a volontairement été conçu avec très peu de polygones (à peu près le même nombre que ceux qui composent le personnage de Lara Croft dans Tomb Raider). Sorte d'archétype des jeux vidéos des années 90, ce personnage, de part la manière dont il est construit, renvoie immédiatement au monde virtuel duquel il est issu.

Volontairement plus grand que le modèle original, il fallait pour nous que cet avatar prenne une dimension légèrement plus importante que son référent. L'avatar dans le jeu vidéo est un personnage auquel le joueur apporte beaucoup d'importance (bien plus qu'à sa propre image parfois). L'avatar permet de se construire, ou plutôt de se reconstruire une identité idéale, ou du moins améliorée.

Lorsque la vidéo commence on peut se demander si cet objet est issu de l'espace réellement filmé ou s'il a été ajouté par la suite (auquel cas il ferait partie du monde virtuel). L'incertitude persiste jusqu'au moment où l'avatar commence à brûler (il est réel puisqu'il se détruit). En brûlant son propre avatar, le référent affirme alors l'existence réelle de son modèle tout en induisant une volonté d'en finir avec lui, sans doute pour passer à autre chose (avec la même facilité avec laquelle on supprime son profil dans un jeu ou sur un site).

Lorsque l'avatar commence à tomber, son référent le soutient, presque s'il l'assistait dans sa propre mort. Puis, une fois à terre, la destruction étant désormais inéluctable, le référent s'en va.

Au final que reste t-il ? Une tête, immobile, impassible, presque pitoyable. Ce regard plongé dans le vide, rappelant celui d'un cadavre, ne vient-il pas confirmer la dualité existentielle de cet archétype en carton (un peu comme un marionnettiste fait prendre "vie" à quelques bouts de tissus) ? Si le dernier plan fait appel à l'image d'un mort, cela n'induit-il pas qu'il y a eu un vivant auparavant ?

L'avatar est-il une entité si fictive ? Si dématérialisée, si irréelle ?

[1] - Gaston Bachelard, la psychanalise du feu - folio essais

display:none;

Cela fait maintenant plus de 6 mois que je travaille sur un projet qui vient enfin de voir le jour.

Ce projet est à l'initiative d'un séminaire de recherche sur l'auto archivage comme œuvre d'art mis en place par un de mes anciens profs à l'EESAB de Lorient : Julie Morel. L'intitulé du projet était simple : devant la frénésie d'archivage dans laquelle notre société s'est engagée et la multitude d'outils existants pour y parvenir, comment un travail artistique peut-il s'en emparer et questionner cette pratique ? Je cite Julie Morel sur son blog : « [...] il ne s’agit pas ici de lister un nombre d’expérimentations ou d’espaces d’archivages d’artistes dont le contenu serait intéressant, mais bien de s’emparer de ces outils et les transformer en matière à pratiquer une recherche jusqu’à en faire œuvre, tout en y portant un regard critique. »

Ce séminaire, en plus de faire appel à des artistes, écrivains et critiques, a laissé la possibilité à plusieurs étudiants en art de s'y intéresser et de proposer une réflexion plastique, dont moi même (j'étais encore étudiant à l'époque).

J'ai donc rejoint le groupe en proposant mon projet (développé sur une idée commune avec Guillaume Lepoix) : display:none; dont voici le rendu (j'explique ma démarche et mes intentions en dessous).

Explications :

display:none; est une carte.
Une carte interactive regroupant l'ensemble des pages d'un ou plusieurs sites web et qui se reconfigure en permanence. Chaque fois qu'une nouvelle entrée (billet, page, post, etc...) apparaît sur un site, la carte se recentre sur celle-ci et se reforme de telle sorte qu'elle n'affiche que des entrées ayant des points communs avec la première.

display:none; exploite la notion de flux, notion intrinsèque au web d'aujourd'hui (web 2.0).

Aujourd'hui, encore plus qu'avant l'Internet est devenu un vaste flux d'informations en perpétuel mouvement, instable et presque infini. Toute tentative de représentation de ce qu'est Internet (en terme de contenu et de lien) ne peut être que forcément subjective et simplifiée. IBM prédisait en 2006 que la masse d’informations dans le monde doublerait toutes les 11 heures en 2010 [1]. Selon une estimation il y aurait en 2011 1.8 zetaoctets de données dans le monde (soit 1.8 milliards de Téraoctets ou 1800 milliards de Gigaoctets)[2]. Ces chiffres amènent à un simple constat : Internet est un océan de données en perpétuel croissance dont l'ampleur est devenue incompréhensible et inimaginable pour l'être humain.

display:none; part de ce constat pour tenter de le représenter en plongeant l'utilisateur directement au sein de ce flux d'informations. La radicalité du projet consiste à n'afficher qu'une image par entrée (prélevée au sein de chaque page correspondante), ce qui la décontextualise, la rendant même parfois totalement incompréhensible. Ainsi, même si chaque entrée correspond bien à une vraie page présente sur le web (il est d'ailleurs possible de s'y rendre), le visiteur ne possède aucune information (du moins textuelle) sur la nature de cette entrée tant qu'il ne l'a pas visitée.

L'utilisateur de display:none; peut naviguer au sein de ce flot d'informations en y voyageant sans véritable direction, avec pour unique repère visuel des images totalement décontextualisées. Sans repère, sans même savoir quelle est la nature des liens entre les images, le visteur se retrouve à faire un voyage au sein d'un objet graphique à part entière.

A propos du nom :

display:none; est une propriété CSS (c'est un bout de code qui permet de mettre en page un document web).
En l’occurrence display:none; permet de supprimer totalement un bloc (si j'applique cette propriété au titre de mon billet par exemple il va totalement disparaître de l'écran). C'est sans doute une des propriétés de mise en page les plus radicale. J'ai donc choisi de nommer ainsi ce projet pour le point commun qu'il partage sur le traitement qu'il fait au texte : le supprimer totalement.

display:none; est aussi un outil libre de droits

Quitte à développer et à programmer un outil tel que displaynone;, je me suis dit qu'il valait mieux en faire profiter d'autres. display:none; est donc téléchargeable gratuitement et sous licence libre de droits (GPLv2). Il est possible de l'installer sur n'importe quel serveur disposant d'une base de données MySQL. Pour plus de détails, j'ai une page réservée au projet sur mon site :

Je remercie une fois encore Julie Morel (sans qui ce projet n'aurait jamais émergé) et Guillaume Lepoix (pour ses nombreux conseils sur les directions à prendre).

[1] Wikipedia : stockage d'informations - problématiques du stockage
[2] Actualité : 1,8 zetaoctets de données dans le monde - Clubic

Mon amour du comic sans

Préambule :

Pour ceux qui ne la savent pas encore (mais j'en doute) le Comic Sans MS est une typographie réalisée par Vincent Connare en 1995 pour Microsoft (d'où le MS à la fin). Très largement contestée dans le milieu du graphisme (idéal pour se discréditer définitivement en tant que graphiste) elle est encore très populaire dans le milieu des kikoolol ou des employés de mairie, et pour cause, c'est une des rares typographies distribuées par défaut avec un ordinateur. En gros cette typo ressemble à ça :

Cette typographie est hideuse

Pourquoi est-elle aussi détestée? Pour plusieurs raisons:

  • Elle ne correspond pas aux règles de typographie de base : pas de variante de graisse, pas de variante en italique, pas de table d'approche (si, vous savez, les différences quand certains caractères se retrouvent côte à côte)
  • Elle n'a pas été conçue pour être utilisée pour des blocs de textes, mais pour simuler une écriture manuscrite dans les bulles des BD (d'où le nom "comic")
  • Elle a été beaucoup trop utilisée par le grand public avec des mariages de couleurs peu subtils (qui n'a pas utilisé cette police pour inviter ses copains à un goûter d'anniversaire quand il avait 8 ans?), ce qui l'a rendue très rapidement kitch et apparentée à un usage peu professionnel

Une petite comparaison avec d'autres typos beaucoup plus sérieuses :

polices.jpg

Déformation professionnelle...

Étant quelque peu sensibilisé à la rigueur graphique, mon œil déformé ne peut s'empêcher de se focaliser sur une erreur de mise en page, un problème de césure, une police d'écriture du plus mauvais goût, etc... Ceux qui me connaissent au quotidien savent de quoi je parle : je passe mon temps à faire la chasse au comic sans.

Prenons par exemple un site web, choisi par mes soins pour ses qualités graphiques indéniables :

site001.jpg

J'ai bien-sûr flouté le titre et l'url afin que personne ne puisse reconnaître le site en question. Si certains d'entre vous croient reconnaître ce site, c'est évidemment une pure coïncidence, tout au plus une libre inspiration de ma part.

Passons donc à une analyse approfondie de ce merveilleux design. Chez moi on appelle ça une mise en page pop-corn ou encore une mise en page carnaval. Véritable festival de couleurs et de typographies, plus disgracieuses les unes que les autres, cette page noie le regard sous un flux d'informations, à tel point que le visiteur lambda ne sait pas où se retrouver.

Analysons maintenant un peu cette page, telle que je la vois :

site002.jpg

Puisqu'il s'agit d'un site web il est facile de séparer les différents éléments en blocs contenant différentes informations. Je reconnais donc un schéma assez classique : le header (haut de page) contenant titre, menu et différentes informations de connexion, en dessous le corps du site contenant tous les blocs moches, puis le pied de page (non visible sur l'image) avec différentes informations sur la navigation et le copyright. Autant dire qu'avec une structure aussi classique je ne suis pas aussi perdu que ça. Mais en vérité, sur ce site, je ne vois pas les choses comme ça, je les vois plutôt ainsi :

site003.jpg

Et oui, même en tout petit par rapport aux autres éléments, je repère le Comic Sans à plusieurs pixels à la ronde.

Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Et bien c'est très simple : la publicité qui contient cette affreuse typo est la seule et unique chose que j'ai repéré (du moins au premier coup d’œil), faisant d'elle l'annonce la plus percutante de cette page. Le graphiste qui a conçu ce bandeau a tout compris, puisqu'il a réussi à accrocher mon regard malgré l'importante concurrence visuelle à laquelle il a du faire face.

En conclusion :

Pour les graphistes, le Comic Sans MS est une typo d'avenir puisque c'est celle qu'ils repèrent en premier !

J'en déduis donc que le choix de cette typographie est sans doute le choix le plus judicieux si le public visé est composé en grande majorité de graphistes. Leur déformation professionnelle, à laquelle ils ne peuvent plus rien (et oui, c'est trop tard pour eux), va immédiatement les conduire à porter leur regard sur les zones contenant cette typo.

Pour terminer voilà quelques démonstrations en exemple :

adb.jpg ggl.jpg fcbk.jpg

Melancholia de Lars Von Trier

affiche-Melancholia-2010-4.jpgJe suis allé voir jeudi dernier Melancholia de LVT, ce film fait partie des meilleurs que j'ai pu voir cette année.

Au début le film commence un peu comme Tree Of Life (un film qui prétend montrer la beauté du monde sur fond d'écran Apple), j'avoue que j'ai eu un peu peur. Sauf que Lars Von Trier ce n'est pas Terrence Mallick et qu'il ne s'embourbe pas dans un discours niaiseux en filmant le soleil dans les arbres (quoi qu'il s'embourbe avec son discours sur le nazisme, mais c'est pas le propos du film). Les deux films sont assez similaires en apparence, mais leurs intentions divergent.

Tree Of Life propose de belles images pour nous faire croire que le monde est beau (n'est-ce pas un non-sens de montrer un monde esthétisé pour témoigner de sa beauté ?). Mallick nous montre alors une belle pub Areva comme il l'avait déjà fait avec Nouveau Monde (avec de belles phrases "Dieu, tu m'a tendu les bras", ressemblant trait pour trait aux slogans EDF "On vous doit plus que la lumière"). J'ai trouvé ce film moralisateur, peu subtil (balancer Lacrimosa après la mort d'un enfant c'est très très fin...), séduisant et esthétisant, bref extrêmement prétentieux.

Melancolia est à l'opposé une œuvre beaucoup plus noire. D'abord, les "belles" images sont très différentes, puisqu'elles sonnent plus comme des tableaux représentant les derniers moments de vie des personnages que comme une prétendue représentation du monde (d'ailleurs un des tableaux est issu directement du rêve d'un des personnages). Le côté romantique prend alors tout son sens et finit par se diriger, lentement, vers une mélancolie totale (le film est tout autant mélancolique que le personnage principal). Ensuite, le film se contente de témoigner de la fin du monde uniquement à travers 2 personnages (3 avec l'enfant). Melancholia part donc du petit pour aller vers le grand, à l'inverse de Tree Of Life (où le début du film nous dresse une carte de l'infiniment grand à l'infiniment petit en s'étalant sur une période allant de la préhistoire à nos jours, rien que ça!). C'est donc une œuvre qui, bien que traitant d'un sujet aussi lourd que la mélancolie, ne se perd pas dans un récit trop vaste en se concentrant sur l'essentiel : l'acceptation de la fatalité. En bref, un véritable remède pour ceux qui, comme moi, ont du mal à se remettre du film de Mallick.

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Si vous n'avez pas vu le film, je vous conseille de vous arrêter là, ça va pas mal spoiler.

L'histoire est volontairement simple : une planète du nom de Melancholia surgit de derrière le soleil et se dirige vers la terre, signant irrémédiablement la fin du monde. Pourtant, l'histoire ne se concentre que sur les deux sœurs, Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg), aux caractères (et aux physiques*) fondamentalement opposés : l'une sombre dans une mélancolie totale et accepte la fatalité comme une sorte de délivrance tandis que l'autre se bat contre un sort pourtant inévitable (la séquence où Claire tente de fuir la fin du monde avec une voiturette de Golf est des plus ridicule).

L'analogie entre les deux planètes qui se confrontent et les deux sœurs est d'ailleurs étonnante. La Terre, étonnamment petite face à Melancholia, serait Claire (très maigre) face à Justine (très plantureuse). Le destin des deux sœurs est scellé à l'instar de celui des deux planètes qui vont se heurter. Si je vais plus loin, je pourrai même dire que Claire a tout à perdre (elle a un enfant qu'elle veut protéger à tout prix), comme la Terre qui abrite la vie, alors que Justine, qui vient de massacrer sa carrière et son mariage (on pense d'ailleurs à Festen de Vinterberg pour la séquence du mariage) est comme Melancholia : un corps céleste sans vie (dans sa phase la plus basse Justine ne trouve même plus la force de marcher) qui précipite le monde dans sa propre chute.

Melancholia_-_14.jpg

Pour mettre un terme à tout espoir, LVT décide, dans une séquence très bien emmenée, de déclarer et de prouver qu'il n'existe pas de vie ailleurs. La collision des deux planètes signe donc l'anéantissement total de la vie dans l'univers. Et Trier décidera justement de terminer son film lors de la collision, comme si la disparition de la vie entrainait logiquement la disparition du film : il n'y a plus rien après.

La fin du film est d'ailleurs sublime : après avoir dressé un beau pied de nez à tous les films de catastrophe hollywoodiens (Claire propose d’assister à la fin du monde avec un verre de vin, très cliché, et se fait remballer par Justine qui lui propose plutôt "d'attendre dans les chiottes") Trier nous dresse une dernière image choc : les personnages, réunis dans une "cabane magique" assistent à l'arrivée fulgurante de l'immense planète qui remplit le ciel. La fragilité et la puérilité de la cabane (c'est l'enfant qui demande à ce qu'on la construise) entre en contraste direct avec cet immense corps qui fonce à une vitesse folle et dont le gigantisme dépasse l'entendement. Cette séquence sonne presque comme l'image même de l'inéluctabilité.

*D'ailleurs c'est moi ou Kirsten Dunst s'est fait refaire les seins ?

Le rangement désorganisé ou le désordre rangé

Lorsque j’invite des gens chez moi pour la première fois j’entends souvent la remarque suivante :

« oh c’est bien rangé chez toi ! »

En réponse, je souris, bêtement, fais parfois le modeste « oh, mais c’est parce que vous veniez », parfois le faux-surpris « ah bon ? vous trouvez ? pourtant j’ai un crayon là posé sur la table qui n’est pas à sa place », mais je reste toujours très gêné...

...et pour cause :
     cette affirmation est totalement fausse !

Pour terminer avec cette image qui me suit depuis quelques années : non, je ne suis pas maniaque (les 15cm de vaisselle qui dépassent régulièrement de mon évier sont là pour en témoigner), je fais juste partie de la tranche de la population qui aime le «bordel rangé».

Selon moi, il existe deux types d’organisation : le rangement désorganisé d’une part et le désordre rangé d’une autre.

Le bordélique organisé est une personne qui entasse (comme tout le monde), mais qui n’a de cesse d’essayer de structurer son espace, hiérarchiser ses biens. Ainsi, il se munit d’espaces dits de rangement (placards, tiroirs, casiers, caves, etc...) et y place, selon une organisation qui lui est tout à fait personnelle, l’ensemble de ses biens. Il mathématise, géométrise, compose et décompose des zones spatiales dans lesquelles il va placer, au plus près de ses convictions structurelles, les objets qu’il possède. Parfois il pousse le vice jusqu’à mettre des étiquettes ou des bandeaux de couleur afin d’esthétiser son organisation.
Pourtant, à quoi cela lui sert-il?
Ces placards, il ne les ouvrira jamais, il entasse et accumule à l’infini, comme ces antiquaires qui vous font visiter leurs hangars remplis de vieilleries dont seules les araignées apprécient l’utilité. Ces espaces deviennent alors des non-lieux, des espèces de vestiges, composés d’objets en tout genre entassés, organisés, mais jamais consultés.
Souvent, le bordélique organisé n’a presque plus aucun souvenir des objets qu’il «range». Il est alors obligé de créer des listes ou des moyens mnémotechniques pour se retrouver dans sa propre (dés)organisation. Dans l’absolu, un bordel organisé serait une sorte de bibliothèque, où chaque oeuvre serait rangée par ordre alphabétique mais dont personne ne connaîtrait l’intégralité du contenu.
Si vous demandez à un bordélique organisé de retrouver sa facture EDF du premier trimestre 2009, il lui faudra très peu de temps pour ouvrir le placard qui contient la boîte qui contient le classeur qui contient l’intercalaire qui contient le fameux document.

Le maniaque désorganisé est une personne beaucoup moins centrée sur les apparences. Là où un bordélique organisé se vante (et n’a de cesse de le montrer d’ailleurs) de sa prétendue organisation, le maniaque désorganisé ne peut pas se cacher : son habitat est le reflet de son mode de vie. Lorsque l’on entre chez lui, on découvre presque immédiatement une architecture déconstruite, ressemblant plus à un Picasso (de son époque cubiste) qu’à un De Chirico. Le sol sur lequel il marche est constitué de plusieurs strates, composées d’un agglomérat de feuilles, d’ustensiles (stylos, couverts, etc...) et de poussière. Les parois de son habitat sont composées de murs, de livres et de cartons se soutenant les uns les autres pour porter la toiture depuis laquelle pend toute sorte d’objets organiques ou non.
Pourtant il sait parfaitement se retrouver dans son espace : il possède une sorte de géolocalisation ou de cartographie des lieux dans lesquels il entasse, à tel point qu’il peut y survivre presque sans aucun problème des jours durant. Le drame survient d’ailleurs lorsqu’un bordélique organisé vient semer la pagaille (comprenez «ranger») dans son espace, laissant notre maniaque désorganisé dans une sorte de léthargie post-traumatique due au fait qu’il ne retrouve plus du tout ses affaires.
Si vous demandez à un maniaque désorganisé de retrouver sa facture EDF du premier trimestre 2009, il lui faudra très peu de temps pour vous ressortir une couverture chargée d’histoire (notamment le dernier festival de rock où il pleuvait des cordes) contenant un coffre à jouets (le rose, celui de son enfance, offert par ses grands parents) dans lequel une boîte à chaussures (des adidas à -75%, une vraie affaire) renferme des crayons (utilisés au CM2), un petit soldat (volé à Jean-Luc à la maternelle) et le fameux document (un peu taché, du café renversé dessus).

Alors quelles différences ? Un bordélique organisé aseptise sa boulimie bordélique en lui attribuant des étiquettes et en empêchant un envahissement pourtant inévitable. Le maniaque désorganisé se laisse au contraire totalement envahir par les objets qu’il accumule, afin de mieux les assimiler, mais finit par disparaître sous le développement d’une symbiose organico-minérale des éléments constitutifs de son lieu de vie.

Mais ranger c’est quoi ? C’est simplement entasser le bordel dans des placards ou dans des tiroirs.
Rien de plus.

Et vous ? Plutôt bordélique organisé ou maniaque désorganisé ?

Girouette

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Dans le cadre d'un Workshop avec Antonin Fourneau, nous avions eu pour thème le "hacking urbain". L'idée était de faire intervenir nos créations dans la rue et de les laisser à la portée de tous dans l'espace public. J'ai travaillé avec un autre étudiant de 3ème année (Marc-Antoine Lorcy) sur cet atelier. L'idée de départ était de réaliser une sorte de lanterne magique qui afficherait des tags ou QRcode la nuit dans la rue. Après plusieurs essais/prototypes/ratages, nous sommes partis sur l'idée d'une girouette qui s'éclairerait en fonction de la direction du vent (merci Antonin pour le p'tit coup de pouce).

La première version présente une girouette munie de quatre faces lumineuses. En fonction de la direction du vent une des faces s’allume. Si quelqu’un lit le code qui s'affiche avec son téléphone, il peut voir une photo sur son écran. Cette image est la dernière qui a été postée sur Google Maps (via le service panoramio), dans la direction cardinale indiquée par la girouette.

girouette_004.jpg girouette_005.jpg girouette_006.jpg

Installée dans la rue, cette girouette permet aux passants de voir un instantané du flux d’images postées sur internet. Le vent qui souffle dans une certaine direction permet de resituer ces images dans leur lieu d’origine, comme une sorte de longue-vue qui ferait un tour d’horizon en temps réel de notre planète. J'aime beaucoup l'idée que ce soit le vent qui décide de la direction des images à choisir. Le mélange entre la technologie (le flux d'images numériques, les codes, l'utilisation d'un smartphone) et un principe presque archaïque (la girouette) apporte une certaine générosité au projet: je créé l'objet mais je le laisse fonctionner sans moi. Il y a aussi un côté magique lorsque les images s'affichent sur le téléphone, on ne connaît presque rien sur ces photos, hormis qu'elles viennent juste d'êtres mises en ligne et qu'elles proviennent du nord/sud/est/ouest. En se laissant prendre au jeu, on peut rester un bon moment à regarder ces images, à chercher un indice pouvant nous aider sur leur origine exacte.

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Vendredi 1er Avril, nous devions exposer les créations issues du workshop à l’Hôtel Gabriel à Lorient. Pour les besoins de l'expo, il fallait que la girouette marche aussi de jour. La version 1 ne pouvant absolument pas fonctionner de jour, nous en avons fabriqué une autre avec des tubes de PVC. Un trou dans un des tubes permet de révéler les codes...

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En conclusion, je pense que le principe est intéressant, mais le fait de devoir passer par un smartphone est un peu contraignant et élitiste (tout le monde a pas un téléphone ultra-récent et un forfait internet). Dans l'idéal, j'aimerai bien supprimer cet interface afin de ne plus proposer qu'un écran qui afficherait de manière régulière les images

Essai d'installation

J'ai profité de l'ouverture de l'école pendant la première semaine des vacances pour faire des essais d'installation en vue de la diplomabilité (qui a lieu les 28-29 mars).
Tout est loin d'être au point, mais c'est déjà un bon début.

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Après coup je me rend compte que les deux TV au fond de la salle font vraiment ridicule et qu'il serait bon de les mettre le long des piliers, séparées l'une de l'autre. Les tags (pour la pièce l'apparition) seront collés à même le mur et la bordure noire extérieure disparaîtra.

Mémoire... encore

rizhome.jpgPresque un mois sans billets (et sans productions d'ailleurs), mais pas sans travail. Ces dernières semaines ont été... fatigantes. J'ai tout de même avancé sur quelque chose : mon mémoire.

Outre le travail d'écriture, j'ai pas mal planché sur le design de ce mémoire et sur la manière de montrer les œuvres auxquelles je fais référence. La première question était de pouvoir montrer en intégralité les différentes vidéos et films que je citais. Chose impossible sur format papier. J'ai donc décidé d'apposer une adresse web sur le mémoire qui renverrai vers une partie (numérique) externe où, là, les films peuvent être visibles.

C'est chose faite : http://thomas-daveluy.fr/dnsep/

Cette partie peut fonctionner sans le mémoire qui va avec, mais les textes explicatifs étant absents, les choix (catégories, liens, ...) entre les œuvres sont assez flous. De même pour le mémoire tout seul, il peut parfaitement fonctionner sans le site mais les œuvres sont assez peu visibles.

Les œuvres des artistes sont représentées par des ronds noirs et les pièces que j'ai créées par un rond rouge. Ne voulant pas que le jury puisse voir mes pièces avant le diplôme, il n'est actuellement pas possible de les voir, seules des miniatures les représentent. Le jour du diplôme les vidéos/photos seront visibles en grand et en intégralité.

Pour ce qui est de la manière de montrer les liens, j'ai choisi de partir sur une structure rhizomatique, comme une sorte de plan de métro, reliant les différentes œuvres. Sur le site, il est possible de cliquer sur chaque artiste pour accéder à une de ses œuvres. Il est aussi possible de passer la souris sur les liens pour faire apparaitre un mot clef reliant les deux œuvres.

Profitant du support web, j'ai aussi donné la possibilité d'afficher/masquer les noms, permettant de voir uniquement le réseau ou d'accéder à une carte complète avec toutes les écritures. Il est aussi possible de passer sa souris sur chacun des chapitres du mémoire pour mettre en surbrillance les artistes qui y appartiennent. Une autre carte se dessine alors.

Le design des chapitres:

Chapitres

Les logos des chapitres sont basés sur une déclinaison du cube (en forme d’hexagone) qui est le logo représentant souvent un espace tridimensionnel (notamment dans les logiciels). Ils ressemblent un peu au logo de l'HTML5 (c'est pas fait exprès, promis j'ai pas copité).

Quand au mémoire en lui-même il est toujours téléchargeable ici.

Nouvelle vidéo : Echo

Les ruines (plus particulièrement les anciens espaces industriels ou blockhaus à l'abandon) sont pour moi un véritable objet de fascination depuis des années.

Ils représentent un "après", ce qu'est devenu un lieu lorsque l'homme en a terminé avec lui. Ils sont aussi le reflet d'un temps passé, derniers témoins que quelque chose s'est passé là. Sortes de cadavres en putréfaction, ces lieux auparavant artificiels retournent à un état naturel. Les ronces s'entremêlent avec les armatures métalliques, la mousse recouvre les toits, le métal devient de la rouille et s’effeuille comme une écorce d'arbre, les dalles en béton explosent comme des plaques terrestres.

Echo est un travail qui a très mal démarré. Je suis allé dans une ancienne zone industrielle que je connais bien (c'est là bas que j'ai filmé la vidéo Escaliers) avec ma caméra dans le but de rapporter des longues séquences faisant état de ce lieu. Je sais par expérience que travailler avec seule base la fascination est généralement synonyme de ratage. Ce qui s'est d'ailleurs produit. Ensuite, je sais aussi que vouloir "rapporter" quelque chose en le filmant ou en le prenant en photographie ne mène qu'à la déception (rien ne peut remplacer un moment vécu). Partant de ce constat j'ai tout de même insisté (car après tout je suis têtu) et j'ai filmé une vingtaine de minutes dans ce lieu. J'avais pour vague espoir d'arriver à réaliser des travellings dans lesquels je supprimerais tout tremblement d'image (comme dans Port) et par extension toute trace de l'existence du caméraman. Je voulais ainsi proposer une vidéo "morte" où la présence humaine serait totalement supprimée.

Le résultat ne s'est pas fait attendre : aucun plan ne pouvait être suffisamment stabilisé pour supprimer le fait que les mouvements de la caméra étaient induits par le relief du sol (et par extension qu'il y avait bien un gugusse qui tenait l'appareil). En plus les travellings n'étaient pas très longs puisque assez limités par la végétation (2m de ronces ça dissuade de continuer à avancer).

Cédant à la déprime, j'ai rangé ces images dans un dossier bien au fond d'un autre dossier.

C'est alors que le Pr. VonDavel s'est empressé de rouvrir ces fichiers. Sans vraiment m'avertir il a opéré sur ces images une batterie de tests. Tout d'abord, il a utilisé un de ses outils de prédilection ces dernières années : Deshaker (une démo de ce que peut faire ce logiciel de stabilisation d'images ici). Cet outil permet de capter les mouvements de la caméra sur une séquence vidéo, puis de restabiliser l'image. VonDavel a donc réglé sa machine pour que les images du film se replacent dans la même position que la caméra, puis il les a superposées. J'ai réussi à récupérer certaines de ses images de travail :

lanester0116.jpg lanester0296.jpg _trav1.jpg _trav2.jpg _trav3.jpg _trav4.jpg _trav5.jpg _trav6.jpg _trav7.jpg

*** Parallèlement ***

A l'instar du phénomène acoustique où dans un même lieu, le son émis revient de manière régulière et de moins en moins fort, ces images reviennent et se superposent sur l'image de départ. L'ensemble du déplacement est compressé dans l'espace d'une seule image, créant ainsi le portrait d'un intervalle de temps. Une fois encore, les temps et les espaces se mélangent au sein des images.

L'image obtenue apparaît décomposée, dégradée, presque cassée dans sa structure même. Le lieu choisi pour filmer ces images prend alors tout son sens, puisque lui aussi se retrouve dans une sorte d'altération due au temps. Mise en abyme : le lieu et l'image qui en témoigne subissent tous deux le passage du temps.