Je n'apprend rien à personne en disant que Steve Jobs, co-fondateur d'Apple est décédé mercredi dernier (il suffit d'ouvrir ses volets pour voir partout dans la rue la nouvelle de sa mort). Sentant le scoop qui fait vendre, la presse a sauté sur l'occasion pour faire de magnifiques discours et images pour saluer l'homme.

Je n'ai jamais été un grand fan d'Apple (ceux qui me connaissent se rappelleront sans doute ma verbe, ma médisance et mon acharnement à critiquer la pomme), mais je suis forcé de reconnaître certaines qualités dans ces produits. Il est vrai qu'Apple a sorti plusieurs produits phares, que la concurrence s'est empressé de copier et qui sont, aujourd'hui, devenus des outils quotidiens, mais il faut quand même se modérer :

Apple n'a pas inventé le smartphone, ils ont combiné tout ce qui se faisait en matière de technologie mobile et l'ont réuni dans un outil parfaitement fonctionnel (là était la nouveauté)

Apple n'a pas inventé l'OS (bon, là il y a eu plein de précurseurs)

Apple n'a pas inventé la souris (elle a été inventée en 1963 par Douglas Engelbart du Stanford Research Institute)

La marque à la pomme n'a fait qu'apporter, toutes ces années, ses pierres à l'édifice qu'est devenu aujourd'hui le monde du numérique. Apple a su innover pour présenter des produits fonctionnels et "beaux" et a réussi à créer une force de marketing à nulle autre pareille. Car oui, avant tout les produits Apple sont des concepts avant d'être des outils. Il suffit de voir leurs publicités pour en être convaincu :

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Campagnes agressives, slogans efficaces, bref, un véritable travail de marketing parfaitement orchestré. En gros, Apple fait de très belles machines et sait les vendre, et c'est tout.

Revenons maintenant à Jobs. Sa mort a suscité bon nombre de réactions dont voilà quelques perles:

"Steve était l'un des plus grands inventeurs américains, assez courageux pour penser différemment, assez audacieux pour croire qu'il pouvait changer le monde et assez talentueux pour le faire" B. Obama

"les 3 pommes de l’histoire: pomme d’adam, pomme de newton, pomme de steve" Un (ou plusieurs) internaute(s)

"Ce soir l'Amérique a perdu un génie dont on se souviendra comme d'Edison et d'Einstein [...]" Michael Bloomberg

Voilà justement l'objet de mon irritation. Non, Jobs n'est pas un homme qui a révolutionné le monde, il a juste vendu des ordinateurs (et des gadgets). Je me demande pourquoi, les médias, et les gens par extension, se sentent obligés d'exagérer de manière disproportionnée l'impact de cet homme sur le monde. C'était un patron d'une des plus importantes multinationale américaine, visionnaire certes, mais pour sa propre entreprise. Comment peut-on comparer, ne serait-ce qu'une seule seconde Jobs avec Einstein ? Einstein est l'homme qui a révolutionné la pensée de la science moderne avec sa théorie de la relativité, Jobs, lui, n'a fait que présenter de nouveaux objets de consommation et sachant créer un effet de besoin chez le consommateur. Et c'est extrêmement différent !

Ce n'est même pas lui qui a créé l'iPhone, l'iPad, l'iMac, il n'a fait que réunir et diriger des techniciens très talentueux pour fabriquer ces produits. Alors pourquoi lui attribuer ce mérite?

Il y a encore quelques années, on qualifiait de génie qui change le monde des hommes comme Gandhi, Luther King, des hommes qui ont payé de leur vie la volonté de faire avancer l'humanité. On qualifiait aussi en ce sens des inventeurs ou des scientifiques porteurs d'une pensée révolutionnaire qui a eu un impact notoire sur notre manière d'appréhender le monde : Einstein, Edison, Galilée, les Curie, etc... Pour les artistes c'est exactement la même chose, Duchamp à bouleversé notre rapport à l'exposition (ok, c'est réducteur), Picasso notre vision de la représentation en art, Robert Capa notre manière d'appréhender le monde qui nous entoure, etc...

Alors pourquoi, à notre époque, n'encensons nous plus les prix Nobel de Physique, de Mathématiques, et autres ? Connaît-on seulement leurs noms ? Notre société préfère élever au rang de Dieu un dirigeant d'entreprise, sorte de gourou de la technologie devant lequel tout le monde devrait se prosterner. Qu'est devenu notre vision du monde ? Où sont les penseurs, où sont les utopistes, où sont ceux qui veulent apporter quelque chose à notre société sans y étiqueter 99$ ? Car oui, Jobs nous a vendu des produits, il n'a rien donné et c'est très différent.

Alors oui, pour conclure, je déplore la mort de l'homme qui se battait depuis 2004 contre un cancer. Non, je ne considère pas son décès comme une perte pour l'humanité toute entière, c'est une perte humaine et c'est déjà pas mal !