affiche-Melancholia-2010-4.jpgJe suis allé voir jeudi dernier Melancholia de LVT, ce film fait partie des meilleurs que j'ai pu voir cette année.

Au début le film commence un peu comme Tree Of Life (un film qui prétend montrer la beauté du monde sur fond d'écran Apple), j'avoue que j'ai eu un peu peur. Sauf que Lars Von Trier ce n'est pas Terrence Mallick et qu'il ne s'embourbe pas dans un discours niaiseux en filmant le soleil dans les arbres (quoi qu'il s'embourbe avec son discours sur le nazisme, mais c'est pas le propos du film). Les deux films sont assez similaires en apparence, mais leurs intentions divergent.

Tree Of Life propose de belles images pour nous faire croire que le monde est beau (n'est-ce pas un non-sens de montrer un monde esthétisé pour témoigner de sa beauté ?). Mallick nous montre alors une belle pub Areva comme il l'avait déjà fait avec Nouveau Monde (avec de belles phrases "Dieu, tu m'a tendu les bras", ressemblant trait pour trait aux slogans EDF "On vous doit plus que la lumière"). J'ai trouvé ce film moralisateur, peu subtil (balancer Lacrimosa après la mort d'un enfant c'est très très fin...), séduisant et esthétisant, bref extrêmement prétentieux.

Melancolia est à l'opposé une œuvre beaucoup plus noire. D'abord, les "belles" images sont très différentes, puisqu'elles sonnent plus comme des tableaux représentant les derniers moments de vie des personnages que comme une prétendue représentation du monde (d'ailleurs un des tableaux est issu directement du rêve d'un des personnages). Le côté romantique prend alors tout son sens et finit par se diriger, lentement, vers une mélancolie totale (le film est tout autant mélancolique que le personnage principal). Ensuite, le film se contente de témoigner de la fin du monde uniquement à travers 2 personnages (3 avec l'enfant). Melancholia part donc du petit pour aller vers le grand, à l'inverse de Tree Of Life (où le début du film nous dresse une carte de l'infiniment grand à l'infiniment petit en s'étalant sur une période allant de la préhistoire à nos jours, rien que ça!). C'est donc une œuvre qui, bien que traitant d'un sujet aussi lourd que la mélancolie, ne se perd pas dans un récit trop vaste en se concentrant sur l'essentiel : l'acceptation de la fatalité. En bref, un véritable remède pour ceux qui, comme moi, ont du mal à se remettre du film de Mallick.

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Si vous n'avez pas vu le film, je vous conseille de vous arrêter là, ça va pas mal spoiler.

L'histoire est volontairement simple : une planète du nom de Melancholia surgit de derrière le soleil et se dirige vers la terre, signant irrémédiablement la fin du monde. Pourtant, l'histoire ne se concentre que sur les deux sœurs, Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg), aux caractères (et aux physiques*) fondamentalement opposés : l'une sombre dans une mélancolie totale et accepte la fatalité comme une sorte de délivrance tandis que l'autre se bat contre un sort pourtant inévitable (la séquence où Claire tente de fuir la fin du monde avec une voiturette de Golf est des plus ridicule).

L'analogie entre les deux planètes qui se confrontent et les deux sœurs est d'ailleurs étonnante. La Terre, étonnamment petite face à Melancholia, serait Claire (très maigre) face à Justine (très plantureuse). Le destin des deux sœurs est scellé à l'instar de celui des deux planètes qui vont se heurter. Si je vais plus loin, je pourrai même dire que Claire a tout à perdre (elle a un enfant qu'elle veut protéger à tout prix), comme la Terre qui abrite la vie, alors que Justine, qui vient de massacrer sa carrière et son mariage (on pense d'ailleurs à Festen de Vinterberg pour la séquence du mariage) est comme Melancholia : un corps céleste sans vie (dans sa phase la plus basse Justine ne trouve même plus la force de marcher) qui précipite le monde dans sa propre chute.

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Pour mettre un terme à tout espoir, LVT décide, dans une séquence très bien emmenée, de déclarer et de prouver qu'il n'existe pas de vie ailleurs. La collision des deux planètes signe donc l'anéantissement total de la vie dans l'univers. Et Trier décidera justement de terminer son film lors de la collision, comme si la disparition de la vie entrainait logiquement la disparition du film : il n'y a plus rien après.

La fin du film est d'ailleurs sublime : après avoir dressé un beau pied de nez à tous les films de catastrophe hollywoodiens (Claire propose d’assister à la fin du monde avec un verre de vin, très cliché, et se fait remballer par Justine qui lui propose plutôt "d'attendre dans les chiottes") Trier nous dresse une dernière image choc : les personnages, réunis dans une "cabane magique" assistent à l'arrivée fulgurante de l'immense planète qui remplit le ciel. La fragilité et la puérilité de la cabane (c'est l'enfant qui demande à ce qu'on la construise) entre en contraste direct avec cet immense corps qui fonce à une vitesse folle et dont le gigantisme dépasse l'entendement. Cette séquence sonne presque comme l'image même de l'inéluctabilité.

*D'ailleurs c'est moi ou Kirsten Dunst s'est fait refaire les seins ?