Vidéo réalisée dans le cadre d'une résidence menée en 2025 à la Galerie du Dourven et en collaboration avec Guillaume Lepoix.


Dans cette performance filmée, les artistes s’insèrent à la lisière d’un double paysage : celui du parc actuel (tangible, qui sert d’écran) et celui de la mémoire de la tempête (fantomatique, via des projections photographiques).
Cette mise en scène leur permet alors de se réinscrire au sein de leurs propres souvenirs, comme s’ils souhaitaient s’y replonger. Mais cette volonté intime, presque romantique, bute sur le réel : le lieu, devenu support de projection, dissout l’image dès que le point de vue bascule. Le passé se déchire ainsi sur le relief du présent.
La figure humaine devient témoin, silhouette de passage entre deux états du réel. Immobile, elle ne domine pas la scène : elle en fait partie, absorbée dans la texture du monde.

Le point de départ de la réalisation de cette vidéo vient d'une envie de combiner deux paysages (avant et après la restauration de la pointe du Dourven) et de le réincarner. Après un court séjour de deux jours en septembre 2024, où nous avons pu découvrir le parc ravagé par la tempête Ciaràn (fermé au grand public), le contraste saisissant d'un parc "nettoyé" lors de notre retour en septembre 2025 nous a fortement marqué. Comme une sorte d'animal sauvage remis en cage, le paysage restauré témoigne à la fois d'une volonté très humaine de modeler la nature à son image, mais aussi d'une impossibilité de totalement la dompter : les souches, arbres cassés et dégâts collatéraux étant encore très visibles.

Arrivée au Dourven après la tempête Arrivée au Dourven après la tempête Arrivée au Dourven après la tempête Arrivée au Dourven après la tempête Arrivée au Dourven après la tempête
Arrivée au Dourven après la tempête Le Dourven restauré en 2025 Le Dourven restauré en 2025 Le Dourven restauré en 2025

Lors de nos recherches de création dans le parc, nous avons testé la projection de photos de nuit, à même le paysage. L'anamorphose produite nous a tout de suite parlé : c'est une technique avec laquelle je travaille déjà beaucoup, mais ici la projection (et non le recouvrement de textures) se surimprime sur le paysage, elle le complète et ne la remplace pas. Habituellement les anamorphoses avec lesquelles je travaille sont essentiellement numériques (projections 3D, photogrammétrie, etc), mais ici la simplicité du dispositif et la précision absolue des détails nous emmène dans autre chose.

Essais de projections Essais de projections Essais de projections Essais de projections
Installation au soleil couchant Installation au soleil couchant Installation au soleil couchant Installation au soleil couchant Installation de nuit Installation de nuit

Ceci dit, il était important pour nous d'assumer l'approche numérique et d'y refaire référence, d'où l'idée de filmer avec une stabilisation maximale. L'utilisation d'un stabilisateur mécanique et d'un protocole de prises de vues très contraint permet de supprimer l'approche "artisanale" de la démarche et de brouiller les pistes auprès du spectateur : est-ce un rendu 3D ou un "vrai" film ? La nature brouillée de ces images nous intéressait : à cheval entre une plastique scientifique, une sculpture et un film, l'image paraît figée au premier abord, mais le mouvement des herbes, le passage d'insectes et les clignement des yeux du personnage trahit la nature concrète de la source originale.

Voyageur contemplant une mer de nuages, Gaspard Friedrich Projections « Dioramas » Projections « Dioramas » Projections « Dioramas » Projections « Dioramas »

L'apparition humaine a été un réel sujet de discussions lors de nos premiers tests. Il fallait à la fois assumer l'approche romantique (souvenir nostalgique d'un paysage magnifié et volonté de modeler la nature à l'image de l'homme) et ramener ce travail à son envie première : nous réincarner dans nos souvenirs. Le tableau de Friedrich « Le Voyageur contemplant une mer de nuages » était une référence incontournable pour nous. Cette volonté de mettre la figure humaine (assez nouvelle dans nos travaux respectifs avec Guillaume) nous a premis d'expérimenter cette volonté de se réincarner dans ces images : alternant entre caméraman et acteur, nous avons été à la fois sujet et acteur de cette image. Les logues sessions de prises de vues (plusieurs heures sont nécessaires pour chaque prise de vue) étaient aussi l'occasion de s'immerger dans le paysage (celui de l'image et celui du parc) dans une sorte de méditation contemplative.