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Résidence à Saumède (Galice)

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C'est par l'intermédiaire de l'Oeil d'Oodaaq que j'ai découvert l'existence du village de Saumède en Galice.

Il s'agit d'un ancien village abandonné que des français ont entrepris de réhabiliter afin d'y vivre et de monter des projets culturels et associatifs. Introuvable sur Google Maps, il se situe juste à côté de Célanova et dispose d'un accès à l'électricité et à l'eau courante.

Le village organise tous les ans un festival durant l'été, mais cette année la nouveauté a été la mise en place d'une résidence au mois de septembre, conviant plusieurs jeunes artistes à venir y travailler durant 2 semaines.

J'ai donc décidé de me joindre à l'aventure (accompagné de Jonas Delhaye et Guillaume Lepoix) et c'est au milieu des poules, des chèvres, des ânes et des ruines que nous nous sommes installés durant ces quinze jours.

Le village

Actuellement seule une des maisons du village est entièrement réhabilitée. Elle sert de cuisine, de salle de séjour et offre 3 chambres pour les résidents annuels. Les festivaliers ou les artistes en résidence doivent aller dormir sous les tentes dans le camping du village au milieu duquel un âne broute bruyamment (surtout la nuit).

Le lieu de travail dédié aux artistes se situe à l'arrière du village, juste à côté des tentes, il est constitué d'une table, d'une rallonge électrique et deux canapés posés sur un sol recouvert de paille. Un lieu de travail aussi insolite que génial.

Pour la nourriture, on essaye de se servir au maximum des fruits et légumes offerts par le jardin (qui est bien beau et assez grand) ainsi que des courses faites régulièrement dans la ville voisine. Les nouveaux arrivants se voient attribuer une couleur (qui est désignée en fonction de leur date de naissance et du calendrier maya -je crois-) qui définit leur tour de cuisine (tous les 4 jours environ). Sur les deux semaines de résidence, chacun a rivalisé d’imagination pour faire des plats plus excellents les uns que les autres. Comme quoi avec peu de choses on peut faire de vrais festins tous les jours.

La résidence

Au final, je dois dire que je suis réellement charmé par cette résidence. L'accueil a été des plus chaleureux (j'ai en ce moment même encore le souvenir de notre départ et des adieux interminables), même malgré la barrière de la langue (je ne parle pas un mot d'espagnol), le cadre de travail est exceptionnel et le lieu est vraiment rempli de surprises. J'encourage tout jeune artiste désireux de se retrouver dans un cadre non institutionnel à participer à cette résidence qui se déroule tous les ans au mois de Septembre.

Le seul bémol aura été le temps ; deux semaines étant bien trop courtes pour réellement investir le lieu et entamer un travail en profondeur. J'ai tout de même réussi à produire deux vidéos dont je suis assez satisfait (je publierai deux autres billets dédiés à ces productions plus tard).

Une chose est sûre : j'y retournerai l'année prochaine !

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Dans le train...

Les fêtes de fin d'année rimant avec réunion de famille, et ma voiture ne m'inspirant plus trop confiance (surtout depuis qu'elle s'est mise à imiter les avions lors du défilé du 14 juillet), j'ai été obligé de trouver un moyen de transport alternatif pour me rendre dans le sud : le train (vous savez les vieux corails qu'on a repeint en violet pour faire croire qu'ils sont neufs).

On m'a souvent demandé pourquoi je détestais prendre le train. Après tout on peut dormir, lire, travailler et ce, dans un confort presque acceptable. C'est justement sur ce presque que j'aimerai insister. En dehors du fait que les horaires et les conditions de voyage avec la SNCF soient en lien direct avec la théorie du chaos, il y a surtout une chose que je cherche à éviter à tout prix lorsque je prend le train : les tranches de vie.

Voilà celle que j'ai en face de moi actuellement (je suis dans le train à l'heure où j'écris ces lignes):

A première vue, elle ne m'a pas paru étrange, du moins pas de visu. C'est une femme assez âgée (70 ans peut-être) qui s'habille et se coiffe comme l'on pourrait s'y attendre d'une personne de cette génération. Je n'ai donc pas prêté attention à elle lorsque j'ai rangé mes bagages et que je me suis assis en face plongeant ma tête dans mon bouquin.

C'est une fois encore le son qui a scellé ma rencontre avec cette tranche de vie.

- Hyperventilation -

C'est le premier mot qui m'est apparu à l'esprit et qui m'a fait lever les yeux de mon livre.

Une respiration forte, tremblante, gémissante, très rapide, parfois saccadée, souvent coupée par une rapide déglutition ou par un long souffle.

C'était elle, visiblement à la recherche de quelque chose. Elle ne tenait pas en place, s'accrochait régulièrement à la table, levait la tête pour regarder par dessus les banquettes et changeait constamment de position. Je crois n'avoir jamais vu quelqu'un d'aussi stressé, ou du moins qui l'exprimait avec autant de bruit. J'avais l'impression que son monde s'était effondré et qu'elle mélangeait anxiété, peur, perte et impatience.

Le stress étant communicatif j'ai essayé de ne pas entendre et de replonger dans ma lecture. J'ai du lire deux mots avant de violemment sursauter :

« Oooooh, mais qu'est-ce qu'il fait là hein, il est oùùùùùù ? »

Je pense n'avoir pas été le seul à avoir eu cette réaction vu que presque tous les occupants du wagon se sont immédiatement tournés vers elle (hormis mon voisin de gauche qui semblait plongé dans un sommeil proche du coma). Visiblement elle ne pouvais plus se contenir, c'était plus fort qu'elle, il fallait que ça sorte.

Bassement abandonné par mon voisin de gauche (trop occupé à roupiller) et vivement soutenu par une vingtaine de regards accusateurs (ouh, le vilain, il n'aide pas cette pauvre femme en difficulté), je me suis retrouvé tout seul à devoir m'occuper du problème.

Après une discussion tout droit sortie d'un livre de Ionesco (je me suis rapidement rendu compte que la femme était à moitié sourde vu qu'elle répondait n'importe quoi à mes questions la plupart du temps), j'ai fini par comprendre que son mari était parti vérifier les bagages et qu'il n'était toujours pas revenu.

Ne connaissant pas, de mémoire, de cas de disparitions de gens dans un train depuis 1920, je tente de rassurer la femme en lui disant que son mari va revenir, qu'il ne faut pas qu'elle s'inquiète.
En vain.

La crise de panique a continué encore durant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'un grand « Aaaaaah, le voilààààà !!!! » n'y mette fin (le mari ayant refait surface).

L'objet de la peur ayant disparu (le mari étant réapparu) et l'hyperventilation cessant peu à peu, j'ai pu souffler un grand coup, me disant que je pourrai enfin finir mon livre tranquille.

...

« Les bagages sont introuvables ! »

Cette phrase, déclarée par le mari, s'est avérée lourde de conséquences :

D'une part, elle a presque immédiatement replongé la femme dans son anxiété démesurée, relançant le cycle hyperventilatoire à sa vitesse de croisière, et, d'autre part, elle a provoqué chez moi un instant d'extrême lucidité : je ne peux rien faire et j'en ai pris pour 4 heures.

Je sens que le voyage va être long !