Fungus Coloniæ, Primordia - Rendu final sous un des axes
Primordia (n.m, plur.), tout premier stade de développement visible d'un champignon, souvent qualifié de « bébé champignon » ou de tête d'épingle

Dans le cadre de la résidence au lycée Victor Hugo à Hennebont, le hall de l'établissement et un arbre du parc voisin y ont été fusionnés numériquement : le volume de l'arbre a cédé la place à celui du bâtiment, l'architecture s'est retrouvée vêtue de forêt. Cette fusion a ensuite quitté l'écran : imprimée sur de larges adhésifs, elle est revenue se coller à même les murs du lycée.

Fungus Coloniæ - Installation au Lycée Victor Hugo, Hennebont - par Thomas Daveluy Fungus Coloniæ - Installation au Lycée Victor Hugo, Hennebont - par Thomas Daveluy Fungus Coloniæ - Installation au Lycée Victor Hugo, Hennebont - par Thomas Daveluy


Primordia est une série de 9 images qui ne montre pas l'installation finale, mais un état antérieur, quand la pièce était encore virtuelle. Chaque image (qui porte son angle de vue en sous-titre) est issu d'un rendu 3D : une vue isométrique, sans perspective ni point de fuite. De cet état naissant vient le sous-titre de la série : Primordia. Une dixième image, nommée « Planche de collection » montre ces 9 versions réparties à la manière d’un herbier : épinglées et numérotés avec leurs spécificités. Cette approche scientifique, presque naturaliste, donne à ces images une nature précieuse, comme si un passionné avait collecté avec grand soin chacun de ces spécimens. ­

Fungus Coloniæ, Primordia - Vue du modèle 3D texturé Fungus Coloniæ, Primordia - Vue du modèle 3D en fil de fer Fungus Coloniæ, Primordia - Rendu final sous un des axes Fungus Coloniæ, Primordia - Rendu en fil de fer sous un des axes
Fungus Coloniæ, Primordia - Rendu final sous un des axes Fungus Coloniæ, Primordia - Rendu en fil de fer sous un des axes Fungus Coloniæ, Primordia - Vue de tous les modèles


Ces images ont été imprimées en grand format (50 x 40 cm) sur un papier spécial : le Fujiflex, à base d'halogénure d'argent. Sa structure donne un effet de profondeur presque tridimensionnel, semblable à une image rétro-éclairée.
Acquisition de l'Artothèque d'Hennebont, ces tirages seront disponibles à l'emprunt et l'achat à partir de la fin de l'année.

[Photos des tirages à venir...]

Sur le fond noir, un fragment de sous-bois flotte, détouré à l'emporte-pièce. Le sol est composé d'une litière de feuilles mortes, tachée de lumière, piquée de lierre. De cet aplat se lèvent des pans verticaux, un tronc lisse, des murs de feuilles larges, et des plans obliques où la canopée se pose comme un toit. La forêt s'est repliée en pièce habitable : un plancher, des cloisons, un plafond de branches. Les murs du lycée s'en sont allés, il n'en demeure que la coquille.
L'isométrie écrase la perspective et prive le regard de tout appui. Dans le hall, l'image avait un point juste d'où tout se recomposait. Ici ce point n'existe plus. Le tissu végétal prend alors le dessus : les textures s'étirent en filaments, le tronc s'effile en longue écharde verte, les bords se cassent en marches d'escalier.
Le noir n'est pas qu'un fond. Il perce aussi l'objet, en trous francs, en fenêtres aveugles derrière le tronc. On y lit ce que l'œil de la machine n'a pas atteint, l'envers des choses, le hors champ passé au premier plan. Ces lacunes ne décorent pas, elles marquent l'endroit exact où l'outil cesse de voir.
Le volume se retrouve isolé comme un spécimen naturalisé, ou comme ces niveaux de jeu vidéo où le monde s'arrête aux limites de ce qui a été modélisé. Il interroge le geste du prélèvement : que garde-t-on vraiment d'un lieu quand on le capture ? Selon l'angle, la silhouette hésite : une feuille dentelée, une cabane éventrée, une embarcation dressant son mât. Aucune ne l'emporte. Le lieu revient comme reviennent les fantômes, entier de loin, invisible de près.