À travers cette exposition, Guillaume Lepoix et Thomas Daveluy engagent une pratique qui met un lieu à l’épreuve de sa propre image. En découvrant le Dourven pour la première fois, ravagé par la tempête, ils ont été marqués par ce fatras sauvage.
Dans ce parc, longtemps entretenu puis brusquement défait, les artistes cherchent ce point de bascule où le contrôle cède et où la matière reprend l’initiative. Le numérique (scan, photogrammétrie, projection) devient ici un dispositif d’écoute plutôt qu’un instrument de maîtrise : les manques, les glissements et les fantômes y sont accueillis comme les indices d’une mémoire matérielle. Leur démarche ne vise pas à réparer mais à rendre perceptible la résistance du réel à sa représentation, à ouvrir un territoire où chaque œuvre agit comme une strate de fouille plutôt qu’un résultat.
Leur méthode procède du protocole vers le geste. Les vidéos font trébucher le présent sur les volumes du passé ; les dioramas laissent la projection se briser sur les troncs et les pierres ; la sculpture conserve un fragment non pour le sanctifier mais pour loger le lieu en lui-même. La peinture, enfin, n’efface pas le numérique : elle le saisit, l’absorbe, le réincarne.
Dans une démarche ni nostalgique ni démonstrative, leur intention demeure celle du témoignage d’un paysage fracassé qui donne lieu à un sublime désordre.

Découvrez l'exposition, compte-rendu de la résidence de Guillaume Lepoix et Thomas Daveluy, du 28 mars au 21 juin 2026 à la Galerie du Dourven (Côtes d'Armor, 22).


La résidence

Fruit d'une résidence de 5 semaines, répartie sur trois temps forts (septembre 2024, septembre 2025 et mars 2026), le résultat du travail est issu de techniques diverses : textes, photographie, photogrammétrie, impression, vidéo, sculpture et même peinture. Cet ensemble de créations résulte de la découverte du parc en septembre 2024, alors encore marqué par les ravages de la tempête Ciaràn. Inaccessible au public à ce moment là, la Galerie du Dourven nous a offert l'opportunité de s'y immerger le temps d'un week-end. Cette courte immersion a donné lieu à des milliers de prises de vues photographiques et scans 3d.

Arrivée de nuit sur le parc en septembre 2024 Visite du Dourven ravagé par la tempête en septembre 2024 Visite du Dourven ravagé par la tempête en septembre 2024 Visite du Dourven ravagé par la tempête en septembre 2024 Visite du Dourven ravagé par la tempête en septembre 2024 Visite du Dourven ravagé par la tempête en septembre 2024

Le cœur du travail de résidence a eu lieu l'année suivante (après la restauration du parc) où nous avons redécouvert la pointe du Dourven réhabilitée : arbres évacués, chemins restaurés, etc. Ce contraste saisissant, entre une nature réensauvagée et sa re-domestication nous a donné l'image d'un paysage remis en cage. Bien que nécessaire, la restauration a gardé les stigmates de la tempête, ce qui a été le moteur du travail que nous avons mené : la réappropriation de la mémoire ainsi que la thématique d'une nature qui ne s'apprivoise pas tant que ça.

Travail de déambulation et de prises de vues dans le parc du Dourven Travail de déambulation et de prises de vues dans le parc du Dourven Déambulation et de prises de vues dans le parc (©Léa Molinier) Déambulation et de prises de vues dans le parc (©Léa Molinier) Déambulation et de prises de vues dans le parc (©Léa Molinier)
Installation pour la projection nocturne Installation pour la projection nocturne Projection nocturne pour réaliser « Dioramas » Projection nocturne pour réaliser « Dioramas » Travail numérique dans le logement Travail numérique dans le logement (©Léa Molinier)
Travail de peinture dans l'atelier Travail de peinture dans l'atelier Travail de peinture dans l'atelier Travail de peinture dans l'atelier Travail de peinture et numérique dans l'atelier Installation de l'exposition (©Léa Molinier)
Collage des lettrages sur les vitres (©Léa Molinier) Collage des lettrages sur les vitres (©Léa Molinier) Installation de l'exposition (©Léa Molinier) Installation de l'exposition (©Léa Molinier) Installation de l'exposition (©Léa Molinier)


L'exposition

Le résultat de notre travail a donné lieu à la réalisation de 9 œuvres mêlant de nombreuses techniques dans un aller retour entre travail numérique et pratique plastique physique. Volontairement scindée en deux espaces, l'exposition propose au spectateur de commencer par la partie "Seuil", sorte de compte-rendu de nos premières impressions dans le parc, avant d'entrer dans une section plus sombre, la parie "Critique", qui regroupe les œuvres issues d'un travail ultérieur et réalisé au long-cours.

Entrée de la Galerie du Dourven ©Yoan Brière Entrée de l'exposition ©Yoan Brière Plan de l'exposition Vue de l'entrée de l'exposition (avec le panorama sur le paysage du parc du Dourven) Vue de la première salle (partie « Seuil »)
Public dans la première partie de l'exposition ©Yoan Brière Public dans la première partie de l'exposition ©Yoan Brière Une des phrases à trouver dans l'exposition Les vitres de la verrière panoramique servent de support à un texte ©Yoan Brière Vue de la seconde salle de l'exposition (partie « Critique ») ©Yoan Brière
Visiteur découvrant la pièce « Herbier » ©Yoan Brière Visiteurs regardant la vidéo « Dioramas » ©Yoan Brière Projection vidéo « Dioramas » Vue du public dans le fond de la seconde salle de l'exposition (« Derniers reliefs » à droite et « Reliquaire » à gauche) ©Yoan Brière Le « Reliquaire » placé sur socle et sous le regard curieux des visiteurs ©Yoan Brière Vue globale de la seconde partie de l'exposition (partie « Critique »)

L'exposition est ouverte jusqu'au 21 juin 2026, du mercredi au dimanche, de 14h à 18h30.


Les œuvres

Partie Seuil

Topographie

« Topographie » présenté sur un écran TV à l'entrée (©Yoan Brière)Vidéo en boucle. Déambulation chronologique des artistes dans le parc durant toute la durée de la résidence. Comme un dessin sur une feuille vierge, les tracés noirs créent des lignes qui, à l’instar du corps des artistes, explorent, arpentent, contournent, zigzaguent et traversent le paysage.
Peu à peu, une cartographie se construit par accumulation de ces déplacements, révélant progressivement toutes les zones explorées au Dourven.

Vidéo complète ici

Dialogue

Adhésifs collés sur les vitres de la galerie. Réflexion lyrique sur la découverte et le ressenti des artistes vis-à-vis du lieu, ce dialogue s’inspire de leurs références (Guillevic, Herzog, Cocteau, …) Présentés sous forme de sous-titres collés à même les vitres, ces textes transforment
chaque fenêtre de la galerie en un écran qui dévoile un paysage cinématographique.

« Dialogue » présenté sur les vitres de la galerie « Dialogue » présenté sur les vitres de la galerie « Dialogue » présenté sur les vitres de la galerie « Dialogue » présenté sur les vitres de la galerie « Dialogue » présenté sur les vitres de la galerie Textes affichés sur les vitres de la galerie pour l'installation « Dialogue »

Contre-études

Impressions jet-d’encre sur bois peint. Issues de photogrammétries (photographie en 3D), ces impressions sont obtenues par des recadrages sur les arrière plans et le paysage environnant, évacuant ainsi le sujet original. Le photo-réalisme vacille, le numérique glisse
alors vers une matière qui évoque la technique picturale : aplats incertains, contours vibrants, textures qui hésitent entre le pixel et la touche.
Les supports, simples plaques de bois peintes, sèment le doute entre images numériques et techniques traditionnelles. Cette série propose une représentation de paysages qui s’auto-recomposent à travers leurs propres accidents. Un fil fragile les traverse : une oscillation entre une nature contrôlée et son propre réensauvagement.

« Contre études », 9 impressions sur bois peint « Contre études », 9 impressions sur bois peint « Contre études », 9 impressions sur bois peint « Contre études », 9 impressions sur bois peint « Contre études », 9 impressions sur bois peint « Contre études », 9 impressions sur bois peint

Catastase

Impressions jet d’encre sur dibond. Les deux artistes font de ces images le point de départ de leurs expérimentations. Ce sont elles qui décrivent le mieux l’état dans lequel ils ont trouvé le parc suite à la tempête. Obtenues via des captures d’écran, ces photos sont issues de photogrammétries réalisées dans le domaine. L’espace virtuel de ces paysages numérisés permet de libérer le point de vue des contraintes physiques du photographe (voir à travers le sol, l’eau ou depuis les airs).
Cette démarche révèle un relief qui semble vouloir résister au numérique. Le paysage retrouve ici une forme presque organique, voire picturale. La nature n’est pas reconstituée mais recomposée : chaque fragment numérique devient un geste de reprise, une forme d’esquisse du réel.

« Catastase », 3 impressions sur dibond « Catastase », 3 impressions sur dibond « Catastase », impression jet d'encre sur Hahnemühle contre-collée sur dibond, 160x90 cm « Catastase », deux impressions jet d'encre sur Hahnemühle contre-collées sur dibond, 65x37 cm « Catastase », gros plan sur les impressions « Catastase », gros plan sur les impressions « Catastase », gros plan sur les impressions

Partie Critique

Le réel se souvient mal

« Le réel se souvient mal » vidéo projetée sur un des murs de l'expositionTechniques mixtes (vidéo), boucle. Combinaison de photographies, films et scans 3D, cette vidéo propose de voyager à travers un espace unique mais capturé sur deux temporalités différentes. Le film confronte deux états du même paysage : celui du désordre et celui de la restauration. Entre les deux, une mémoire s’obstine, non dans le récit, mais dans la déformation de l’image. Les volumes des arbres tombés, invisibles au spectateur, continuent de modeler le présent du paysage photographique. Le numérique devient le lieu d’un relief disparu : l’image vacille entre restitution et hantise.

Vidéo complète et plus de détails ici

Herbier

Impressions sur plexiglas. Anamorphoses des photos utilisées pour réaliser la vidéo « Le réel se souvient mal ». Chaque image, photographiée juste après la restauration du parc, se voit ainsi reprojetée dans son espace mais déformée par les volumes encore présents des arbres tombés. À l’image d’un herbier ou d’une boîte à insectes, ces échantillons se retrouvent écrasés dans leur paroi de verre, comme trace d’un prélèvement scientifique.

« Herbier », 24 impressions sur plexiglass « Herbier », 24 impressions sur plexiglass « Herbier », zoom sur les impressions « Herbier », zoom sur les impressions « Herbier », gros plan sur une des impression « Herbier », gros plan sur une des impression

Dioramas

« Dioramas » vidéo présentée dans l'alcôve de la galeriePerformances filmées, boucle. Dans cette performance filmée, les artistes s’insèrent à la lisière d’un double paysage : celui du parc actuel (tangible, qui sert d’écran) et celui de la mémoire de la tempête (fantomatique, via des projections photographiques). Cette mise en scène leur permet alors de se réinscrire au sein de leurs propres souvenirs, comme s’ils souhaitaient s’y replonger. Mais cette volonté intime, presque romantique, bute sur le réel : le lieu, devenu support de projection, dissout l’image dès que le point de vue bascule. Le passé se déchire ainsi sur le relief du présent.
La figure humaine devient témoin, silhouette de passage entre deux états du réel. Immobile, elle ne domine pas la scène : elle en fait partie, absorbée dans la texture du monde.

Vidéo complète et plus de détails ici

Reliquaire

Sculpture, impression 3D et feuilles d’or. Une boîte en or représentant la pointe du Dourven abrite en son sein la réplique réduite d’un arbre tombé. Le lieu se conserve lui-même, entre relique et maquette, mémoire et simulacre.
Objet de culte ou d’archéologie, cette boîte contient le souvenir matériel d’un effondrement. Le Dourven y devient le fossile d’un paysage miniature.

« Reliquaire », vue d'ensemble de la sculpture « Reliquaire », sculpture présentée sous cloche sur son socle ne bois massif « Reliquaire », gros plan sur la sculpture : impression 3D et feuille d'or « Reliquaire », gros plan sur la sculpture « Reliquaire », très gros plan où l'on peut voir le bâtiment de la galerie « Reliquaire », très gros plan où l'on peut voir le bâtiment de la galerie

Derniers reliefs

Huile sur toile. Cette peinture referme le cycle de création des artistes, non comme le désir d’un retour à des techniques traditionnelles, mais dans l’optique de se confronter à une nouvelle physicalité. Le pinceau reprend là où la vidéo, la photographie et la photogrammétrie s’arrêtent. Ce dernier geste, lent et manuel, n’efface pas le numérique : il le digère et le poursuit.

« Derniers reliefs », huile sur toile, vue d'ensemble « Derniers reliefs », huile sur toile, vue d'ensemble « Derniers reliefs », huile sur toile, vue d'ensemble « Derniers reliefs », huile sur toile, vue zoomée « Derniers reliefs », huile sur toile, gros plan


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